À l’amie perdue, 1896· I La floraison
XXXIV. « Viens chercher sur mon sein le calme du sommeil »
Viens chercher sur mon sein le calme du sommeil.Chère âme fatiguée, endolorie et triste ;Je veux que, pour ton cœur, ce repos soit pareilAu lac limpide et large où le chevreuil dépiste,
À l’abri des rayons dangereux du soleil,La meute dont l’écho derrière lui persiste.Viens dormir dans mes bras, afin qu’à ton réveilLes sombres souvenirs, ayant perdu ta piste.
Se dispersent grondants comme des chiens déçus ;Et toi-même, oubliant leur clameur et ta fuite,Ne te souviendras d’eux que pour t’avoir conduite
Vers des lieux autrement restés inaperçus.Car t’aurais-je jamais, sans leur âpre poursuite,Donné les longs baisers que ton front a reçus ?
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources