À l’amie perdue, 1896· VII Le sacrifice
XV. « Viens dans mes bras, et, mets, mets une fois encore »
Viens dans mes bras, et, mets, mets une fois encoreTes deux bras à mon cou, ton front sur mon épaule ;Te souvient-il, quand notre amour faillit se clore,Que tu restas ainsi près du vieux tronc de saule ?
Mais c’était, quand l’orage en s’enfuyant se dore,Le baiser de l’amour à l’amour qu’il console ;Et c’est, ce soir, au bord d’une nuit sans aurore,Le baiser de l’amour qui par amour s’immole.
Aussi je ne vois point de terme à notre épreuve,Car elle est l’acte même et la constante preuveDe cet amour qui vit de son propre trépas,
Et qui de son chagrin se fait un diadème ;Elle ne peut cesser que s’il cessait lui-même,Et nous savons tous deux qu’il ne périra pas.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources