À l’amie perdue, 1896· III Dans les monts
V. « Vois ces monts éternels, le Temps les désagrège »
Vois ces monts éternels, le Temps les désagrège ;Cultivés à leurs pieds, boisés à leur milieu,Plus haut couverts de prés, enfin dans le ciel bleuCouronnés fièrement d’étincelante neige,
Ils dressent leur sommet jusqu’au divin cortègeDes étoiles ; le ciel les pénètre d’un feuQui ternit tous les feux terrestres, et vers DieuIls montent par élans que la lumière allège.
Ils croulent cependant, ils roulent dans la plaine,Ils seront les vaincus d’une incessante lutte,Il n’est pas un rayon, pas un gel, une haleine,
Qui n’arrache leurs rocs minute par minute,Leurs flancs profonds sont pleins des échos de leur chute ;Ils mourront à leur tour comme meurt la phalène.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources