À l’amie perdue, 1896· III Dans les monts
VI. « Et c’est pourquoi nous deux qui ne durons qu’une heure »
Et c’est pourquoi nous deux qui ne durons qu’une heure,Amie, ô douce amie aux yeux pourtant divins,Aimons-nous — les espoirs les plus bornés sont vains— Tandis qu’en nous la vie un court instant demeure !
Entends-tu s’écrouler les pierres des ravins ?Hâtons-nous ! que notre âme, avant qu’elle ne meure,Touche au moins une fois aux purs sommets qu’effleureUn étrange rayon de bonheurs surhumains.
Car nous sommes pareils au duvet des chardons,À des flocons de neige au-dessus des abîmes,Un rayon de soleil nous frappe, et nous fondons ;
Nous n’avons qu’un instant pour atteindre les cimesEt pour en retomber, et nous ne possédonsQue l’immortalité de minutes sublimes.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources