Poésies, 1900· I Sonnets
Avatar
Près du Tigre, sous l’or des pavillons mouvants,Dans un jardin de marbre où chante une piscine,Autrefois je dormis. Une jeune AbyssineFort chaste m’enivrait de ses baisers savants.
Plus tard, dans mes palais, des condamnés vivantsFlambaient très clair, enduits de poix et de résine,Et les fleurs embaumaient. — J’ai forcé des couventsEt des nonnes, sous une armure sarrasine,
On s’en souvient ! — Farouche, à la luxure enclin,Je me fis franc archer poursuivre Duguesclin,Et je fus très aimé de deux bohémiennes…
Or, maintenant j’attends l’Avatar inconnu,Et, le cœur plein de ces femmes qui furent miennes,Je suis chanteur lyrique et je couche tout nu.
(Le Parnassiculet contemporain, 1867.)
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Paul Arène, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1900· numérisation gallica.bnf.fr· Sources