Poésies, 1900· II Tableaux parisiens et paysages
La bouquetière
A Joseph Uzanne
Épris de Margots idéalesEt rêvant au siècle dernier,Je la rencontrai près des hallesQui portait un petit panier…
Elle était blonde, presque rousse,L’œil malin, mais bon en dessous ;Et vendait, piqués dans la mousse,De petits bouquets à deux sous.
Mon caprice en cette matière,D’un peu d’amour se compliquait,La fraîcheur de la bouquetièreMe fit désirer son bouquet,
Car elle était fraîche à merveille ;Ses fleurs avaient l’air engageant ;Mais j’avais trop soupe la veille :Il ne me restait plus d’argent !
Frontin, je le dis sans reproches,Avait, ce matin, oubliéDe mettre de l’or dans mes poches…Et j’étais fort humilié.
Elle, devinant ma pensée,Prit le bouquet entre ses doigts :— « C’est le dernier, je suis pressée.« Vous me paierez une autre fois. »
Puis elle rit, étant de cellesQui plébéiennes au cœur haut,D’une reprise à ses dentellesFaisaient crédit à Diderot.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Paul Arène, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1900· numérisation gallica.bnf.fr· Sources