Poésies, 1900· IV Chansons
Briseis
I
Quoi ! vraiment, je l’ai déchiréeCette tunique, dont les plisSemblaient s’arrondir assouplisSur l’épaule de Cythérée !Là-bas, dans le vent familierUn fragment arraché s’envole…Hélas ! et je n’ai qu’une oboleDedans ma bourse d’écolier !
II
O chère Briséis ! que n’ai-jeLa clef de grands coffres royaux,Pour effacer sous les joyauxLa déchirure sacrilège ?Rubis, diamants, par millierS’y croiseraient en trame folle…Mais, hélas ! je n’ai qu’une oboleDedans ma bourse d’écolier
III
Non ! Briséis, séchons nos larmes :Demain ton prince aura seize ans,Et chez les barbares PersansIl conduira la Grèce en armes.A tes pieds vont s’humilierPerles de l’Inde, or du Pactole…Maintenant, je n’ai qu’une oboleDedans ma bourse d’écolier !
IV
Oui, dès aujourd’hui je te donne,Et ce n’est point encore assez,Mes futurs trésors entassésDans Ecbatane et Babylone !Prends, puisqu’on vient t’en supplier,Prends, sur ma royale parole !…Maintenant, je n’ai qu’une oboleDedans ma bourse d’écolier !
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Paul Arène, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1900· numérisation gallica.bnf.fr· Sources