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un seul est le mot juste.

Poésies, 1900· III Noëls

La noël des moineaux

Paul Arène· 100 vers

A Gustave Goetschy.

Les cloches à toutes voléesOnt sonné cette nuit, parmiLe bleu des voûtes étoilées.Et les moineaux n’ont pas dormi.

Les moineaux en rang sur la brancheS’ébouriffent, groupe tremblant,Ils trouvent que cette nuit blancheEst longue, et le matin bien lent.

Et de piailler, surtout les jeunes :Il fait noir !… Le froid m’engourdit !L’hiver, c’est la saison des jeûnes !… »Mais l’ancien de la troupe a dit :

« Si vous possédiez mon grand âgeEt connaissiez le rituelVous sauriez que tout ce tapageDes cloches annonce Noël,

Noël où seul le méchant pleure,Noël qui console à la foisLe pauvre en sa triste demeureEt l’oiseau frileux dans les bois,

Jadis par une nuit pareilleLe ciel soudain s’illumina,Des anges en robe vermeillePassèrent chantant : — Hosannah,

Hosannah ! Jésus vient de naître ;O vous tous, les déshérités,Fermez la porte et la fenêtre,Prenez le bâton, et partez !

Le temps était épouvantableEt la neige sur les chemins ;Les bergers partent, dans l’étableLà bas l’Enfant leur tend les mains.

Chacun aurait voulu les suivre ;Quelques oiseaux, les plus légers,Malgré le froid, malgré le givre,Partirent avec les bergers.

Les friquets, hélas ! faute d’ailesRestèrent blottis dans leur coin ;Des cigognes, des hirondellesPouvaient seules voler si loin.

Ah ! mes amis, les belles chosesQu’elles contèrent au retour !Dans un pays couleur des rosesUn enfant blond comme le jour,

Pauvre, mais dont les mains fleuriesÉcartant frimas et grésilFaisaient, en hiver, les prairiesPlus radieuses qu’en avril.

Et depuis, toutes les années,Maints oiseaux par delà les mersS’en vont aux plages fortunéesOù les arbres sont toujours verts ;

Où, narguant almanachs et dates,Quand ici nous crevons de faim,Eux s’empiffrent de fraîches dattes,Plus douces que le sucre fin ;

Où, sans ennuis et sans fatigues,Ces rentiers qu’il faut envier,En décembre mangent des figues,Et des grenades en janvier. »

Sur la branche qui se balanceLes moineaux réjouis en dépit du froid secDisent : « L’eau vous en vient au bec !…Puis l’orateur, après un long silence :

« Trois fois heureux l’oiseau qui partQuand l’hiver fait la terre nue,Mais n’importe ! On aura sa partDe festin, l’aube revenue.

Ouvrez l’œil, regardez : là-basLes vitres brillent, l’air embaume,Et des vapeurs de bons repasFlottent autour des toits en chaume.

La neige couvre le sillon,La neige ensevelit la haie,Mais baste ! grâce au réveillonL’existence redevient gaie.

Dans les fermes, dans les châteaux,Dans les vastes hôtelleries,Que de plats et que de gâteauxEt que d’exquises sucreries !

Sur les paniers larges et rondsCe sont régals de toute sorte ;Tant mieux ! nous nous arrangeronsDes restes que la bise emporte.

Noël, bienfaiteur enrhumé,Endettant galettes et miches,Distribue au monde affaméUn peu du superflu des riches,

Bombance ! le couvert est mis.Aujourd’hui tout le monde dîne,Et c’est fête ici, mes amis,Tout aussi bien qu’en Palestine ;

Puis, chacun se sentant meilleur,Sur quelque cheminée en briquesQue le foyer intérieurRend plus chaude que les Afriques,

Nous chanterons gavés, pansus :Alléluia ! C’est nous qui sommesLes bons moineaux pour qui JésusNaquit tout comme pour les hommes.

100 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Paul Arène, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1900· numérisation gallica.bnf.fr· Sources