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Poésies, 1900· II Tableaux parisiens et paysages

Chronique pour les oiseaux

Paul Arène· 73 vers

Pourquoi cette chronique en vers ?Eh ! mon Dieu ! c’est entre autres choses.Parce que les sentiers sont vertsEt que les toilettes sont roses,Parce qu’en de prochains cantonsJ’ai vu, moi, vu des hannetonsCompter — tu peux m’en croire, ô Muse ! —Leurs écus enviés des gueuxSans nul souci des billets bleusQue la Banque accepte et refuse ;Parce qu’au long des chemins creuxOù le sureau tend ses ombellesLes belles et leurs amoureux,Mystérieux et deux à deux,Vont défilant par ribambelles ;Parce qu’enfin, pleins de méprisPour nos toiles et pour nos marbresEt nos romans saignants ou grisDont la clef prête à des parisComme le Grand Prix de Paris,Les oiseaux chantent dans les arbres ;Parce que croulants, fatigués,Les lilas craquent, les muguetsSont en fleurs, et que sur la mousseParmi des bois non élaguésUne heure à flâner sera douce.

Oui, simplement, voilà pourquoi !Car c’est un sort par trop sinistre,Quand aux champs dont il est le roiLe printemps a brandi son sistre,Que de s’embastiller chez soiEn suant l’encre comme un cuistre.

Dans le bois sombre, au bord des eauxQu’embaume un fin parfum de menthe,Tout — la mésange à brune manteEt la fauvette des roseaux —Amoureusement se lamente.Chantons comme font les oiseaux,Car chanter est chose charmante.On ne chante pas en tout temps !Voyez : le rossignol lui-mêmeNe chante bien que lorsqu’il aime ;Mais alors quels sons éclatants,Quelle passion, quelle flamme,Et les astres d’or de la nuitAdmirent que si petite âmeMène dans l’ombre si grand bruit.Frémissant du col et de l’aileSur la branche d’un coudrier,Son chant où la plainte se mêleSupplie et charme la femelleQui, coquette, se fait prier.

Le nid construit, il chante encore,Mais plus bas, comme par devoir.Se taisant bien avant le soir,Lui qui chantait jusqu’à l’aurore.

Il fredonne à côté du nid.Cependant que la mère couve,Dans ses souvenirs il retrouveQuelques airs… Puis son chant finit !

Le voilà père de famille :Plus d’amour, donc plus de chansons,Et c’est maintenant aux pinsons,S’ils veulent, d’achever son trille.

Entre nous, que prouve ceci ?Mais ne prouvons rien : mes idées,Sur le rouet de mon récit,Vont s’embrouillant, mal dévidées.Et bien mieux vaut, car, par moment,Chacun paresse à sa manière,M’excuser de m’être, en rimant,Permis, je l’avoue humblement,Un brin d’école buissonnière !

73 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Paul Arène, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1900· numérisation gallica.bnf.fr· Sources