Poésies, 1900· V Poèmes et fantaisies
Fauteuils roulants
O Centenaire, parmi lesTas de wagons que tu motivesJ’en rêve parfois de moins laidsQue ceux de nos locomotives ;
Et, niant les progrès menteurs,Je me dis, âme qui regrette,Chartres a la chaise à porteurs,Beauvais garde la vinaigrette.
La vinaigrette qu’à BeauvaisL’Auvergnat tire, rose aux joues,Est, bondissant sur les pavés,Un coffre que portent deux roues ;
Elle a su me plaire. D’ailleurs,J’estime autant pour être à l’aise,Abbèma l’adornant de fleurs,Notre antique et tranquille chaise.
A Chartres, tout laque et tout or,La chaise est noble ; mais, dans l’Oise,La vinaigrette affiche encorSa grâce vieillote et bourgeoise.
Peut-être aurait-il été neufD’adopter, sans nuls ridicules,En l’honneur de Quatre-vingt-neuf,Ces inoffensifs véhicules.
En attendant, faute de mieux,— Puisque nous n’avons, Français veules,Ni vinaigrette des aïeux,Ni chaise peinte des aïeules, —
J’accepte le fauteuil roulantQu’un pauvre homme galonné pousse ;Le train en serait plutôt lent,Mais son allure semble douce.
Et, dans ce char construit ad hoc,Je me sens fier, — tel, sur la nappe,Un poudreux flacon de MédocOu de vieux Châteauneuf-du-pape !
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Paul Arène, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1900· numérisation gallica.bnf.fr· Sources