Poésies, 1900· II Tableaux parisiens et paysages
Tristesse d’hiver
Il neige, le gaz étincelle…Sur les trottoirs poudrés de blanc,Plus d’une jeune demoiselleVa de son pas tranquille et lent.
Estelle, Rose et TurluretteSont en quête de messieurs blonds,Qui les mènent chez Grosse-TêteOù — dans de tout petits salons,
Rouges, bleus, et tabac d’Espagne —Les belles, entre deux baisers,Parmi les perles du ChampagneTrempent leurs jolis nez rosés.
Nos petites dames sont tristes ;Les trottoirs sont si mal chauffés,Et les hommes — ces égoïstes —Boivent tout seuls dans les cafés !
Voyez-les à travers les vitresPieusement se goberger,Les garçons leur servent des huîtresQu’ils arrosent d’un vin léger.
Il fait très froid, chacun s’enferme.Estelle dit : — Chien de métier !Turlurette songe à son terme,Rose, qui pense à son bottier
Soupire : — « Hélas ! quand reverrai-jeMon Anglais de Valparaiso ?… »Ses petits talons sur la neigeMarquent comme des pas d’oiseau.
Et de ses pauvres mains rougieTroussant sa robe de combat,Elle contemple ces orgiesScandaleuses du célibat.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Paul Arène, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1900· numérisation gallica.bnf.fr· Sources