Poésies, 1900· I Sonnets
Les titans
Au docteur Marc Laffont.
Pâle comme la fleur charmante des jasmins,Vénus, de qui la bouche a des lèvres ailées,Au cou de Jupiter nouait ses blanches mains.Les immortels heurtaient leurs coupes ciselées :
« Nuit divine, fais-nous des fêtes étoilées,Disaient-ils. Les Titans sont morts, et les humainsDe nos temples nouveaux apprennent les chemins ! »Mais un cri s’élevant des terrestres vallées,
Tous se taisent ainsi que des larrons surpris ;Jupiter même a froid dans les bras de Cypris,Et, fuyant le baiser dont la senteur l’enivre,
Mordant l’or de sa barbe auguste, soucieux,Il regarde à travers le bleu cristal des cieuxLes Titans foudroyés qui s’obstinent à vivre.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Paul Arène, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1900· numérisation gallica.bnf.fr· Sources