Poésies, 1900· I Sonnets
Mélancolie
A Injalbert.
Oui, je te reconnais, pâle comme Ophélie,Compagne des jours noirs, amie aux sombres yeuxQui visites parfois les bords silencieuxLe long desquels mon rêve et s’égare et s’oublie.
Car c’est ainsi. L’essor tenté, l’œuvre accomplie,Qu’elle soit fine prose ou marbre précieux,L’ouvrier s’interroge et retombe, anxieux…Alors ton heure sonne, à toi, Mélancolie.
Belle, demi-voilée et secourable aux fous,Alors tu sais trouver ces mots amers et douxPar qui le réconfort jaillit de la souffrance ;
Et nous t’aimons ainsi que te sculpte Injalbert :Songeant, fille du Doute et sœur de l’Espérance,Sous l’arbre symbolique où pointe un rameau vert.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Paul Arène, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1900· numérisation gallica.bnf.fr· Sources