Poésies, 1900· III Noëls
Pour un album d’enfant
A ma petite amie Marguerite Laffont.
« Noël ! Noël ! " chantent les cloches.Noël ! Noël ! voici Noël !
Le bonhomme a rempli ses pochesDe sucre et de gâteaux au miel.
Blanc de givre il descend du ciel,Portant, à travers monts et roches,Les cadeaux du Père éternel.
Le dindonneau roussit aux broches.
Ce soir, avant le grand repas,Les grand’mamans, les grands-papasMèneront Grigri, Madeleine,Qui trotteront à petits pas,Le nez dans leur fichu de laine,Les pieds chauds dans leurs petits bas,Trouvant qu’il fait froid par la plaine,Vers l’église où la crèche luit.Voici la messe de minuit :L’encens fume, l’église est pleine.
Au dehors, les gais carillons,S’égosillant à perdre haleine,Sonnent l’heure des réveillons.Et chacun admire, ô merveille !Jésus vêtu de brocart neuf,Dieu couché sur un lit d’éteufQui dort entre l’âne et le bœuf ;Saint Joseph, la Vierge qui veille…
Demain, fillettes, écoliers,Au petit jour, dans leurs souliers,Cependant que l’Angélus tinte,Ravis, parmi la braise éteinte,Vont trouver, tout neufs et si beaux !Les joujoux que Noël dispense.
Enfant, bénis Noël… Mais penseAux petits, culotte en lambeaux,Par tous les chemins de misère,Sans abri, sans pain et sans mèreS’en allant seuls, besace au dos ;Pauvrets à qui, pour toute joie,Noël, parfois mauvais, n’octroieQue de la neige à pleins sabots.
Valescure, décembre 1892.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Paul Arène, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1900· numérisation gallica.bnf.fr· Sources