Poésies, 1900· V Poèmes et fantaisies
Singe d’atelier
A Jean d’Alheim.
I
Maître Jacques Jacquot, singe encore en bas âge,Un jour veut se livrer à l’art du paysage.Dans un immense sac il met trois chevalets ;En guise de pinceaux, il prend quelques balaisPuis, très grave, et rêvant à la grande médaille,Il s’installe en plein air sous un chapeau de paille.
II
Bientôt Jacque entraîné par des instincts pervers,Jette la brosse et pille un champ de melons verts.Un gendarme survient, tandis qu’il les emporte.Jacques lui dit : — « C’est pour une nature morte ! »Mais hélas ! tout gendarme est inflexible quandIl peut mettre la main sur un vrai délinquant.
III
On arrête Jacquot, on l’entraîne, on l’enchaîne,On le plonge tout seul dans la prison prochaine.Lui, proteste, criant comme un essaim de geais :« — Sous Mac-Mahon les arts sont mal encouragés ! »Le gendarme sourit et lui répond : — « Tant pire !Que peut-être on eut tort de renverser l’Empire ? »
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Paul Arène, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1900· numérisation gallica.bnf.fr· Sources