Poésies, 1900· V Poèmes et fantaisies
Vers d’album
Ma mie Annette me demande,S’étant éprise de l’azur,Des vers à la mode allemande…Poète ivre d’un bonheur pur,
Sur une feuille parfuméeDes plus fins parfums d’Orient,Pour complaire à la bien-aimée.Je veux, rêvant et souriant,
Je veux écrire que je l’aimeEt que les muguets vont fleurir ;Puis, au dernier vers du poème,Quand la rime doit s’attendrir,
Dans cette coupe d’onyx, pleineD’eau transparente, je prendraiQuelques larmes pour l’inhumaine ;Mon geste alors désespéré
Fera, des barbes de la plume,Pleuvoir sur le vélin soyeuxMaint diamant clair qui s’allumeComme une larme au bord des yeux,
Et va mouiller la page blanche.Annette en verra, s’endormant,La trace amoureuse aussi franche,Hélas ! que son premier serment ;
Et l’enfant qui me tient en laisse,Froissant ceci d’un doigt calin,Pourra deviner ma tristesseAux pâleurs moites du vélin.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Paul Arène, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1900· numérisation gallica.bnf.fr· Sources