Poésies, 1833· Pièces inédites
A M. b ***
Lorsqu’autrefois, au seuil‖ des saintes basiliques,Des rois, couverts d’un sac,‖ et baisant des reliques.Les reins ceints d’une corde,‖ et les pieds tout meurtris,Venaient s’agenouiller‖ repentans et contrits ;En expiation‖ de quelques grands scandalesHumiliaient leur front‖ dans la poudre des dalles.Et dans le sanctuaire‖ où Dieu s’était cachéSe frappaient la poitrine‖ en criant : J’ai péché !Dans le fond de ces cœurs‖ à qui voulait descendreL’orgueil apparaissait‖ bientôt sous cette cendre,Et laissait voir à nu‖ ce que de vanitéRecelait en dedans‖ si haute humilité.
Mais quand un homme obscur‖ qui n’eut jamais l’envieQue de cacher à tous‖ la trace de sa vie,Qui va suivant sa route‖ en marquant chaque pas,Par quelque œuvre de bien‖ que l’on ne connaît pas,Quand par hasard cet homme,‖ après soixante annéesD honneur et de vertus‖ l’une à l’autre enchaînées,Arrivant près du terme,‖ et las d’avoir marché,Dans cette voie étroite‖ une fois a bronché.Alors il faut gémir‖ qu’aux choses de la terreLa main d’un Dieu jaloux‖ ait fait ce caractèreDe ne pouvoir toujours,‖ entre tant de combats,Garder une vertu‖ qui n’est point d’ici-bas,Et vienne tôt ou tard‖ jeter quelque mélangeSur cette pureté‖ qu’il réserve pour l’ange.Comme pour faire voir‖ que toujours d’un côtéUn cœur, si haut qu’il soit,‖ touche à l’humanité.
Mais lors qu’après, cet homme,‖ ayant dans le silencePesé cette action‖ au poids de sa balance,S’en revient devant tous‖ pensif et recueilli,Dire en plein jour, tout haut :‖ Mes frères, j’ai failli !Oh ! s’il a fait cela,‖ la victoire est plus belleQu’il vient de remporter‖ sur cette âme rebelle.Cet effort est plus grand‖ et plus beau, que d’avoirAchevé, sans combat,‖ la route du devoir.Là, ce n’est pas le cri‖ d’un vain orgueil qui penseDans son abaissement‖ trouver sa récompense,C’est le sublime aveu‖ d’un cœur qui ne veut pasSe faire un tel fardeau‖ pour l’heure du trépas :— Donc, relevez la tête,‖ et ne vous touchez guèresDe ce qu’ont dit en soi‖ tous ces hommes vulgairesQui n’ont jamais senti,‖ n’ayant point combattu,Ce que donne de prix‖ la lutte à la vertu.Laissez-les ces gens-là,‖ traîner sans résistanceDans de froides vertus‖ une pâle existence,Par les chemins battus‖ laissez-les pas-à-pasS’avancer vers un but‖ qu’ils ne comprennent pas ;Et tenez pour certain‖ qu’il est moins méritoireD’avoir toujours suivi‖ sans lutte et sans victoireLa monotone voix‖ d’un honneur rétréci.Qu’après être tombé‖ se relever ainsi.
Décembre 1831.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 26((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 3 distiques
- Mots à la rime
- a basiliques / reliques féminine, classiqueb meurtris / contrits masculine, classiquea scandales / dalles féminine, classiqueb caché / péché masculine, classiquea descendre / cendre féminine, classiqueb vanité / humilité masculine, classiquea l’envie / vie féminine, classiqueb pas masculine, classiquea années / enchaînées féminine, classiqueb marché / bronché masculine, classiquea terre / caractère féminine, classiqueb combats / d’ici-bas masculine, classiquea mélange / l’ange féminine, classiqueb côté / l’humanité masculine, classiquea silence / balance féminine, classiqueb recueilli / failli masculine, classiquea belle / rebelle féminine, classiqueb d’avoir / devoir masculine, classiquea pense / récompense féminine, classiqueb pas / trépas masculine, classiquea guères / vulgaires féminine, classiqueb combattu / vertu masculine, classiquea résistance / existence féminine, classiqueb pas-à-pas / pas masculine, classiquea méritoire / victoire féminine, classiqueb rétréci / ainsi masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, H. Floury, éditeur, 1900· numérisation archive.org· Sources