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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1833· Pièces inédites

A MM. Barthélemy et Méry

Félix Arvers· distiques, alexandrins, 106 vers

Chantres associés‖ et paisibles rivaux,Qui mettez en commun‖ la gloire et les travaux,Et qu’on voit partager‖ sans trouble et sans orageD’un laurier fraternel‖ le pacifique ombrage ;Lorsque de toutes parts‖ le public empressé,Chez l’heureux éditeur‖ chaque jour entassé.De vos vers en naissant‖ devenus populairesSe dispute à l’envi‖ les dix-mille exemplaires,Pardonnez, si je viens‖ à vos nobles accensObscur admirateur,‖ offrir ma part d’encens.

Sur les abus crians‖ d’un odieux système,Lorsque le peuple entier‖ a lancé l’anathème,Et contre ces visirs‖ honnis et détestés,S’est levé comme un homme‖ et les a rejetés ;Du haro général‖ organes satiriques,Vos vers ont démasqué‖ ces honteux empiriques ;Votre muse, esquissant‖ leurs grotesques portraits,D’un ridicule amer‖ assaisonnant ses traitsContre chaque méfait,‖ vedette en permanence.Improvisait un chant,‖ comme eux une ordonnance,Combattait pour nos droits,‖ et lavant nos affronts,D’un iambe vainqueur‖ stigmatisait leurs fronts.Mais lorsqu’ils ont enfin,‖ relégués dans leurs terres,Amovibles tyrans,‖ pleuré leurs ministères.Votre muse, à leur fuite‖ adressant ses adieux.Dans une courte épitre‖ a rendu grâce aux dieux.Dédaignant d’accabler,‖ tranquille et satisfaite.Ces ignobles vaincus‖ meurtris de leur défaite.

Lors il fallut trouver‖ dans ce vaste universUn plus noble sujet‖ qui méritât vos vers :Et vous avez montré‖ dans les champs d’IduméeL’Orient en présence‖ avec la grande Armée,Le Nil soumis au joug‖ et du vainqueur d’EylauLe portrait colossal‖ dominant le tableau.Et quel autre sujet‖ pouvait, — plus poétique.Présenter à vos yeux‖ son prisme fantastique ?Quel autre champ pouvait,‖ de plus brillantes fleursOffrir à vos pinceaux‖ les riantes couleurs ?Une invisible main,‖ sous le ciel de l’Asie,A, comme les parfums,‖ semé la poésie :Ces peuples, qui, pliés‖ au joug de leurs sultans,Résistent, obstinés‖ à la marche du temps ;Ces costumes, ces mœurs,‖ ce stupide courageQui semble appartenir‖ aux hommes d’un autre âge,Ces palais, ces tombeaux,‖ cet antique MemnonQui de leurs fondateurs‖ ont oublié le nom ;Ce Nil, qui sur des monts‖ égarés dans la nue,Va cacher le secret‖ de sa source inconnue ;Tout inspire, tout charme ;‖ et des siècles passésRanimant à nos yeux‖ les récits effacés.Donne à l’éclat récent‖ de nos jours de victoireLa couleur des vieux temps‖ et l’aspect de l’histoire.

Votre muse a saisi‖ de ces tableaux éparsLes contrastes brillans‖ offerts de toutes parts :Elle peint, dans le choc‖ de ces tribus errantesLe cliquetis nouveau‖ des armes différentes,Les bonnets tout poudreux‖ de nos républicainsHeurtant dans le combat‖ les turbans africains.Et, sous un ciel brûlant,‖ la lutte poétiqueDe la France moderne‖ et de l’Asie antique.Temps fertile en héros !‖ glorieux souvenir !Quand de Napoléon‖ tout rempli d’avenir,Sur le sol de l’Arabe‖ encor muet de crainte,La botte éperonnée‖ a marqué son empreinte,Et gravé sur les bords‖ du Nil silencieuxL’ineffaçable sceau‖ de l’envoyé des cieux !Beaux jours ! où Bonaparte‖ était jeune, où la FranceD’un avenir meilleur‖ embrassait l’espérance.Souriait aux travaux‖ de ses nobles enfans,Et saluait de loin‖ leurs drapeaux triomphans ;Et ne prévoyait pas‖ que ce chef militaireVers les degrés prochains‖ d’un trône héréditaireMarchait, tyran futur,‖ à travers tant d’exploits ;Et mettant son épée‖ à la place des lois,Fils de la liberté,‖ préparait à sa mèreLe coup inespéré‖ que recelait Brumaire !

Mais enfin ce fut l’heure :‖ et les temps accomplisMarquèrent leur limite‖ à ses desseins remplis.Abattu sous les coups‖ d’une main vengeresse,Il paya chèrement‖ ces courts instans d’ivresse.Comme j’aime ces vers‖ où l’on voit à leur tour,Les rois unis livrer‖ sa pâture au vautour ;Des pâles cabinets‖ l’étroite politiqueLe jeter palpitant‖ au sein de l’Atlantique,Et pour mieux lui fermer‖ un périlleux chemin,Du poids d’indignes fers‖ déshonorer sa main.Sa main ! dont ils ont su‖ les étreintes fatales,Qui data ses décrets‖ de leurs vingt capitales.Qui, des honneurs du camp,‖ pour ses soldats titrés.Après avoir enfin‖ épuisé les degrés.Et relevant pour eux‖ les antiques pairies,Sur les flancs de leurs chars‖ semé les armoiries,Pour mieux récompenser‖ ces glorieux élus,A de la royauté‖ fait un grade de plus.

Et vous, qui poursuivant‖ une noble pensée,Aux travaux de nos preux‖ fîtes une Odyssée,Qui montrant à nos yeux‖ sous un soleil lointainCes préludes brillans‖ de l’homme du destin,Avez placé vos chants‖ sous l’ombre tutélaireD’une gloire historique‖ et déjà séculaire,Mêlés dans les récits‖ des âges à venir,Vos vers auront leur part‖ de ce grand souvenir :Comme, sous Périclès,‖ ce sculpteur de l’AttiqueDont la main enfanta‖ le Jupiter antique,Dans les siècles futurs‖ associa son nomA l’immortalité‖ des Dieux du Parthénon.

Décembre 1828.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
53((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
6 distiques
Mots à la rime
a rivaux / travaux masculine, classiqueb orage / ombrage féminine, classiquea empressé / entassé masculine, classiqueb populaires / exemplaires féminine, classiquea accens / d’encens masculine, classiqueb système / l’anathème féminine, classiquea détestés / rejetés masculine, classiqueb satiriques / empiriques féminine, classiquea portraits / traits masculine, classiqueb permanence / ordonnance féminine, classiquea affronts / fronts masculine, classiqueb terres / ministères féminine, classiquea adieux / dieux masculine, classiqueb satisfaite / défaite féminine, classiquea univers / vers masculine, classiqueb d’Idumée / Armée féminine, classiquea d’Eylau / tableau masculine, classiqueb poétique / fantastique féminine, classiquea fleurs / couleurs masculine, classiqueb l’Asie / poésie féminine, classiquea sultans / temps masculine, classiqueb courage / âge féminine, classiquea Memnon / nom masculine, classiqueb nue / inconnue féminine, classiquea passés / effacés masculine, classiqueb victoire / l’histoire féminine, classiquea épars / parts masculine, classiqueb errantes / différentes féminine, classiquea républicains / africains masculine, classiqueb poétique / antique féminine, classiquea souvenir / d’avenir masculine, classiqueb crainte / empreinte féminine, classiquea silencieux / cieux masculine, classiqueb France / l’espérance féminine, classiquea enfans / triomphans masculine, classiqueb militaire / héréditaire féminine, classiquea d’exploits / lois masculine, classiqueb mère / Brumaire féminine, classiquea accomplis / remplis masculine, classiqueb vengeresse / d’ivresse féminine, classiquea tour / vautour masculine, classiqueb politique / l’Atlantique féminine, classiquea chemin / main masculine, classiqueb fatales / capitales féminine, classiquea titrés / degrés masculine, classiqueb pairies / armoiries féminine, classiquea élus / plus masculine, classiqueb pensée / Odyssée féminine, classiquea lointain / destin masculine, classiqueb tutélaire / séculaire féminine, classiquea venir / souvenir masculine, classiqueb l’Attique / antique féminine, classiquea nom / Parthénon masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

106 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, H. Floury, éditeur, 1900· numérisation archive.org· Sources