Dans la fournaise, 1892
Flânerie
Comme aux pays tunisiens,Le soleil flambe sur la ville.O mes amis, Parisiens,Vivez ! Tout est calme et tranquille.
Nous voudrions qu’on s’entêtâtPour le bien. Le mieux est encoreDe travailler de son état,Comme Gavroche ou Stésichore.
Pierreuse, enchante les voyous !Écolier, fouaille la toupie !Cantonnier, casse des cailloux !Chroniqueur, fais de la copie !
Bon rimeur, imite Gautier :Presse les rimes attardées.Car si chacun fait son métier,Les vaches seront bien gardées.
Le Devoir est très haut juché.Pourtant, chacun dans votre sphère,Après avoir longtemps bûché,Si vous n’avez plus rien à faire,
C’est bien. Allez vous promener,Sur tous les boulevarts, qu’importe !Sans savoir où peut vous menerLe flot d’hommes qui vous emporte.
Philosophe, ne songez pasAu progrès que l’intrigue arrête,Et lesté par un bon repas,Savourez votre cigarette,
Et cependant, quoique douéDe la sagesse analytique,Chassez d’un beau geste enjouéLe vieux cauchemar politique.
Bien que vous soyez fort constantDans l’amour des romans en vogue,Fils de Stendhal, pour un instantOubliez d’être psychologue.
Et n’écoutez pas les potinsNi les discours à perdre haleineQui s’échangent tous les matinsEntre Cythère et Mitylène.
Mais bien qu’ayant assez souventRedouté qu’elles vous trompassent,Quand leur jupe frissonne au ventRegardez les femmes qui passent.
Et ne faites pas le têtu.Les célestes on les devine,Car il en est que la vertuPare d’une grâce divine.
Oui, maintenant, comme jadis !Et bien souvent le diable endêveQuand il voit tant de chastes lysEt tant d’honnêtes filles d’Ève.
Il est des minettes aussi,Et plus agiles que les fées,Se glissent dans l’air adouciLes onduleuses dégrafées,
Les couchants roses, dans leurs jeux,Sous les pourpres occidentalesBaignent des plus splendides feuxL’horizon des horizontales,
Mais parfois l’idéal azurAvec sa gloire et ses colèresVient se refléter dans l’œil purDe quelques perpendiculaires.
14 octobre 1890.
Versification
- Forme
- 16 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 16(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 16 quatrains
- Mots à la rime
- a tunisiens / Parisiens masculine, classiqueb ville / tranquille féminine, classiquea s’entêtât / état masculine, classiqueb encore / Stésichore féminine, classiquea voyous / cailloux masculine, classiqueb toupie / copie féminine, classiquea Gautier / métier masculine, classiqueb attardées / gardées féminine, classiquea juché / bûché masculine, classiqueb sphère / faire féminine, classiquea promener / mener masculine, classiqueb qu’importe / emporte féminine, classiquea pas / repas masculine, classiqueb arrête / cigarette féminine, classiquea doué / enjoué masculine, classiqueb analytique / politique féminine, classiquea constant / instant masculine, classiqueb vogue / psychologue féminine, classiquea potins / matins masculine, classiqueb haleine / Mitylène féminine, classiquea souvent / vent masculine, classiqueb trompassent / passent féminine, classiquea têtu / vertu masculine, classiqueb devine / divine féminine, classiquea jadis / lys masculine, classiqueb endêve / d’Ève féminine, classiquea aussi / adouci masculine, classiqueb fées / dégrafées féminine, classiquea jeux / feux masculine, classiqueb occidentales / horizontales féminine, classiquea azur / pur masculine, classiqueb colères / perpendiculaires féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 2001· numérisation Peter Edwards· Sources