Idylles prussiennes, 1871
Le Docteur
Sous les vieilles solives noiresOù, racontant leur fabliau,Leurs légendes et leurs histoires,Bruissent les in-folio,
En pleine vie imaginaire,A côté de son chat câlin,Le docteur septuagénaireAglaüs Evig, à Berlin,
Parle à ses tisons de la sorte,En tourmentant ses favorisD’une blancheur livide et morte :Lorsque nous aurons pris Paris,
Dit-il, c’est nous, dont l’esprit veilleEn dépit des pharisiens,Nous, les Prussiens, ô merveille !Qui serons les Parisiens.
Nous pourrons dans nos coupes vertesBoire sentimentalementLe vin de Champagne, qui, certes,Sera du Champagne allemand.
Nous écrirons pour les théâtresDes pamphlets gais et querelleurs ;Nous serons légers et folâtresComme l’abeille sur les fleurs.
A tout propos, nous saurons dire,D’un ton malicieux et fin,Des contes à mourir de rire ;Nous aurons le mot de la fin.
Nous fumerons des cigarettesEt, mettant le beau monde à sac,Nous aurons tous des amourettesA la manière de Fronsac !
Ainsi fleurira le poëmeDepuis longtemps par nous rêvé ;Et moi-même, Aglaüs, moi-mêmeJ’aurai l’air d’un petit crevé !
A ces mots, s’étirant pour cause,Et d’un air de puissant méprisBâillant, tirant sa langue rose,Le chat dit : — Paris n’est pas pris,
Docteur, je ne sais s’il doit l’être :Mais à jamais, fatalement,C’est notre destin, mon cher maître,De ne miauler qu’en allemand.
Janvier 1871.
Versification
- Forme
- 11 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 11(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 11 quatrains
- Mots à la rime
- a noires / histoires féminine, classiqueb fabliau / in-folio masculine, classiquea imaginaire / septuagénaire féminine, classiqueb câlin / Berlin masculine, classiquea sorte / morte féminine, classiqueb favoris / Paris masculine, classiquea veille / merveille féminine, classiqueb pharisiens / Parisiens masculine, classiquea vertes / certes féminine, classiqueb sentimentalement / allemand masculine, classiquea théâtres / folâtres féminine, classiqueb querelleurs / fleurs masculine, classiquea dire / rire féminine, classiqueb fin masculine, classiquea cigarettes / amourettes féminine, classiqueb sac / Fronsac masculine, classiquea poëme / moi-même féminine, classiqueb rêvé / crevé masculine, classiquea cause / rose féminine, classiqueb mépris / pris masculine, classiquea l’être / maître féminine, classiqueb fatalement / allemand masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1999· numérisation Peter Edwards· Sources