Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Exilés, 1867

Dioné

Théodore de Banville· distiques, alexandrins, 66 vers

Abattu par la roche‖ énorme que sans aide,Seul, avait soulevée‖ en ses mains Diomède,Énée était tombé‖ sous le char de l’ardentFils de Tydée, ainsi‖ qu’un chêne, et cependantQue sa mère Aphrodite,‖ au vent échevelée,L’emportait mourant loin‖ de la noire mêlée,Diomède, sachant‖ qu’elle est faible, et non pasIntrépide à guider‖ les hommes sur ses pasVers le carnage, comme‖ Ényo destructriceDes citadelles, dont‖ la mort suit le caprice,Poursuivit Aphrodite‖ en son hardi chemin ;Et de sa lance aiguë‖ il lui perça la main,D’où le sang précieux‖ jaillit fluide et rose,Délicieux à voir‖ comme une fleur éclose,Riant comme la pourpre‖ en son éclat vermeil,Et tout éblouissant‖ des perles du soleil.Car, pareils dans leur gloire‖ à la blancheur du cygne,Les dieux ne boivent pas‖ le vin noir de la vigne.Ces rois, pétris d’azur,‖ ne mangent pas de blé,Et c’est pourquoi leur sang,‖ qui n’est jamais troublé,Court dans leurs veines, beau‖ de sa splendeur première,Comme un flot ruisselant‖ d’éther et de lumière.Aphrodite poussait‖ des cris, comme un aiglonFurieux, cependant‖ que Phœbos-ApollonCachait Énée au sein‖ d’un nuage de flamme,De peur qu’un Danaen‖ ne lui vînt ravir l’âmeEn frappant de l’airain‖ ce faiseur de travaux.Mais dans le char brillant‖ d’Arès, dont les chevauxS’envolèrent au gré‖ de sa fureur amère,Aphrodite s’enfuit‖ vers Dioné, sa mère ;Iris menait le char‖ rapide, et secouaitLes rênes, et tantôt‖ frappait à coups de fouetLes deux chevaux, tantôt‖ pour presser leur allureLeur parlait, caressant‖ leur douce chevelure,Employant tour à tour‖ la colère et les jeux.Ils arrivent enfin‖ à l’Olympe neigeux,Et dans le palais d’ombre‖ où sur son trône songeDioné, dans la nue‖ où sa tête se plonge.Or, lorsque sans pâlir‖ de l’amère douleur,Calme, et comme une rose‖ ouvrant sa bouche en fleur,Aphrodite eut montré‖ sa blanche main d’ivoireDéchirée et meurtrie‖ et qui devenait noire,La Titane au grand cœur‖ si souvent ulcéré,Planant sinistrement‖ d’un front démesuréSur les cieux dont au loin‖ la profondeur s’azure,Tressaillit dans ses flancs‖ et lava la blessure.Et, rappelant ainsi‖ des crimes odieux,Elle nommait tout bas‖ les meurtriers des dieux :Hercule, nourrisson‖ de la guerre et, comme elle,Ivre d’horreur, blessant‖ Hèra sous la mamelle ;Éphialte, en dépit‖ du destin souverain,Mettant Arès lié‖ dans un cachot d’airain,Et l’emprisonnant, seul‖ avec la nuit maudite.Puis, prenant en ses bras‖ la céleste Aphrodite,Sans peine elle étendit‖ ses membres assoupisSur des toisons sans tache‖ et de moelleux tapis,Car déjà le sommeil,‖ né de l’ombre éternelle,Roulait un sable fin‖ dans sa noire prunelle ;Et comme Dioné,‖ redoutable aux méchants,Se souvenait encor‖ des invincibles chantsAvec lesquels, avant‖ de subir leurs désastres,Les titans conduisaient‖ le blanc troupeau des astresSoucieuse de voir‖ la déesse frémir,Elle disait ces chants‖ sacrés pour l’endormir,Douce et baissant la voix‖ bien plus qu’à l’ordinaire,Et les mortels croyaient‖ que c’était le tonnerre.

jeudi 20 août 1874.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
33((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distique
Mots à la rime
a aide / Diomède féminine, classiqueb l’ardent / cependant masculine, classiquea échevelée / mêlée féminine, classiqueb pas masculine, classiquea destructrice / caprice féminine, classiqueb chemin / main masculine, classiquea rose / éclose féminine, classiqueb vermeil / soleil masculine, classiquea cygne / vigne féminine, classiqueb blé / troublé masculine, classiquea première / lumière féminine, classiqueb aiglon / Phœbos-Apollon masculine, classiquea flamme / l’âme féminine, classiqueb travaux / chevaux masculine, classiquea amère / mère féminine, classiqueb secouait / fouet masculine, classiquea allure / chevelure féminine, classiqueb jeux / neigeux masculine, classiquea songe / plonge féminine, classiqueb douleur / fleur masculine, classiquea d’ivoire / noire féminine, classiqueb ulcéré / démesuré masculine, classiquea s’azure / blessure féminine, classiqueb odieux / dieux masculine, classiquea elle / mamelle féminine, classiqueb souverain / d’airain masculine, classiquea maudite / Aphrodite féminine, classiqueb assoupis / tapis masculine, classiquea éternelle / prunelle féminine, classiqueb méchants / chants masculine, classiquea désastres / astres féminine, classiqueb frémir / l’endormir masculine, classiquea l’ordinaire / tonnerre féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

66 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Exilés, Paris, Fasquelle, 1899· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources