Les Exilés, 1867
Le sanglier
C’était auprès d’un lac‖ sinistre, à l’eau dormante,Enfermé dans un pli‖ du grand mont Érymanthe,Et l’antre paraissait‖ gémir, et, tout béant,S’ouvrait, comme une gueule‖ affreuse du néant.Des vapeurs en sortaient,‖ ainsi que d’un Averne.Immobile, et penché‖ pour voir dans la caverne,Hercule regarda‖ le sanglier hideux.Les loups fuyaient de peur‖ quand il s’approchait d’eux,Tant le monstre effaré,‖ s’il grognait dans sa joie,Semblait effrayant, même‖ à des bêtes de proie.Il vivait là, pensif.‖ Lorsque venait la nuit,Terrible, emplissant l’air‖ d’épouvante et de bruitEt cassant les lauriers‖ au pied des monts sublimes,Il allait dans le bois‖ déchirer ses victimes ;Puis il rentrait dans l’antre,‖ auprès des flots dormantsCouché sur la chair morte‖ et sur les ossements,Il mangeait, la narine‖ ouverte et dilatée,Et s’étendait parmi‖ la boue ensanglantée.Noir, sa tanière au front‖ obscur lui ressemblait.Les ténèbres et lui‖ se parlaient. Il semblait,Enfoui dans l’horreur‖ de cette prison sombre,Qu’il mangeait de la nuit‖ et qu’il mâchait de l’ombre.Hercule, que sa vue‖ importune lassait,Se dit : « je vais serrer‖ son cou dans un lacet ;Ma main étouffera‖ ses grognements obscènes,Et je l’amènerai‖ tout vivant dans Mycènes. »Et le héros disait‖ aussi : « qui sait pourtant,S’il voyait dans les cieux‖ le soleil éclatant,Ce que redeviendrait‖ cet animal farouche ?Peut-être que les dents‖ cruelles de sa boucheBaiseraient l’herbe verte‖ et frémiraient d’amour,S’il regardait l’azur‖ éblouissant du jour ! »Alors, entrant ses doigts‖ d’acier parmi les soiesDu sanglier courbé‖ sur des restes de proies,Il le traîna tout près‖ du lac dormant. En vain,Blessé par le soleil‖ qui dorait le ravin,Le monstre déchirait‖ le roc de ses défenses.Il fuyait. Souriant‖ de ces faibles offenses,Hercule, soulevant‖ ses flancs hideux et lourds,Le ramenait au jour‖ lumineux. Mais toujours,Attiré dans sa nuit‖ par un amour étrange,Le sanglier têtu‖ retournait vers la fange,Et toujours, l’effrayant‖ d’un sourire vermeil,Le héros le traînait‖ de force au grand soleil.
décembre 1862.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 22((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distique
- Mots à la rime
- a dormante / Érymanthe féminine, classiqueb béant / néant masculine, classiquea Averne / caverne féminine, classiqueb hideux / d’eux masculine, classiquea joie / proie féminine, classiqueb nuit / bruit masculine, classiquea sublimes / victimes féminine, classiqueb dormants / ossements masculine, classiquea dilatée / ensanglantée féminine, classiqueb ressemblait / semblait masculine, classiquea sombre / l’ombre féminine, classiqueb lassait / lacet masculine, classiquea obscènes / Mycènes féminine, classiqueb pourtant / éclatant masculine, classiquea farouche / bouche féminine, classiqueb d’amour / jour masculine, classiquea soies / proies féminine, classiqueb vain / ravin masculine, classiquea défenses / offenses féminine, classiqueb lourds / toujours masculine, classiquea étrange / fange féminine, classiqueb vermeil / soleil masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Exilés, Paris, Fasquelle, 1899· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources