Les stalactites, 1846
A la Font-Georges
Voici les lieux charmans où mon âme ravie
Passoit à contempler Sylvie
Ces tranquilles momens si doucement perdus.Boileau.
O champs pleins de silence,Où mon heureuse enfanceAvait des jours encorTout filés d’or !
O ma vieille Font-Georges,Vers qui les rouges-gorgesEt le doux rossignolPrenaient leur vol !
Maison blanche où la vigneTordait en longue ligneSon feuillage qui boitLes pleurs du toit !
O claire source froide,Qu’ombrageait, vieux et roide,Un noyer vigoureuxA moitié creux !
Sources ! fraîches fontaines !Qui, douces à mes peines,Frémissiez autrefoisRien qu’à ma voix !
Bassin où les laveusesChantaient insoucieusesEn battant sur leur bancLe linge blanc !
O sorbier centenaire,Dont trois coups de tonnerreAvaient laissé tout nuLe front chenu !
Tonnelles et coudrettes,Verdoyantes retraitesDe peupliers mouvantsA tous les vents !
O vignes purpurines,Dont, le long des collines,Les ceps accumulésPloyaient gonflés ;
Où, l’automne venue,La Vendange mi-nueA l’entour du pressoirDansait le soir !
O buissons d’églantines,Jetant dans les ravines,Comme un chêne le gland,Leur fruit sanglant !
Murmurante oseraie,Où le ramier s’effraie,Saule au feuillage bleu,Lointains en feu !
Rameaux lourds de cerises !Moissonneuses surprisesA mi-jambe dans l’eauDu clair ruisseau !
Antres, chemins, fontaines,Acres parfums et plaines,Ombrages et rochersSouvent cherchés !
Ruisseaux ! forêts ! silence !O mes amours d’enfance !Mon âme, sans témoins,Vous aime moins
Que ce jardin moroseSans verdure et sans roseEt ces sombres massifsD’antiques ifs,
Et ce chemin de sable,Où j’eus l’heur ineffable,Pour la première fois,D’ouïr sa voix !
Où rêveuse, l’amieDoucement obéie,S’appuyant à mon bras,Parlait tout bas,
Pensive et recueillie,Et d’une fleur cueillieBrisant le cœur discretD’un doigt distrait,
A l’heure où les étoilesFrissonnant sous leurs voilesBrodent le ciel changeantDe fleurs d’argent.
Octobre 1844.
Versification
- Forme
- 20 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 20(aabb)
- Mètre
- Hexasyllabes et tétrasyllabes (60 de 6, 20 de 4)· profil 6, 4
- Strophes
- 20 quatrains
- Mots à la rime
- a silence / enfance féminine, classiqueb encor / d’or masculine, classiquea Font-Georges / rouges-gorges féminine, classiqueb rossignol / vol masculine, classiquea vigne / ligne féminine, classiqueb boit / toit masculine, classiquea froide / roide féminine, classiqueb vigoureux / creux masculine, classiquea fontaines / peines féminine, classiqueb autrefois / voix masculine, classiquea laveuses / insoucieuses féminine, classiqueb banc / blanc masculine, classiquea centenaire / tonnerre féminine, classiqueb nu / chenu masculine, classiquea coudrettes / retraites féminine, classiqueb mouvants / vents masculine, classiquea purpurines / collines féminine, classiqueb accumulés / gonflés masculine, classiquea venue / mi-nue féminine, classiqueb pressoir / soir masculine, classiquea d’églantines / ravines féminine, classiqueb gland / sanglant masculine, classiquea oseraie / s’effraie féminine, classiqueb bleu / feu masculine, classiquea cerises / surprises féminine, classiqueb l’eau / ruisseau masculine, classiquea fontaines / plaines féminine, classiqueb rochers / cherchés masculine, classiquea silence / d’enfance féminine, classiqueb témoins / moins masculine, classiquea morose / rose féminine, classiqueb massifs / ifs masculine, classiquea sable / ineffable féminine, classiqueb fois / voix masculine, classiquea l’amie / obéie féminine, classiqueb bras / bas masculine, classiquea recueillie / cueillie féminine, classiqueb discret / distrait masculine, classiquea étoiles / voiles féminine, classiqueb changeant / d’argent masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
80 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de Théodore de Banville. Les stalactites, Odelettes, Améthystes, Le Forgeron., Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 1889· numérisation poesies.net· Sources