Occidentales, 1875
Et Tartuffe ?
Adam vante et chérit‖ son paradis natalOù, joyeuse et libératrice,Dans les Édens baignés‖ par des flots de cristalLa vigne est sa mâle nourrice.
Et Tartuffe ? — Il nous dit,‖ entre deux oremus,Que pour tout bon Français‖ la patrie est à Rome,Et qu’ayant pour aïeux‖ Romulus et Rémus,Nous téterons la louve‖ à jamais. — Le pauvre homme !
Adam, qui veut chasser‖ de son riant jardinLa Haine impure, ce reptile,Aime un langage clair,‖ et garde son dédainPour la polémique inutile.
Et Tartuffe ? — Il écrit‖ des pamphlets, des amasDe brochures, des tas‖ de discours. Il consommeDeux fois plus de papier‖ qu’Alexandre DumasEt même que Ponson‖ du Terrail. — Le pauvre homme !
Adam, toujours épris‖ de l’antique Beauté,Pour se guérir de tant d’épreuvesDemande, haletant,‖ la force et la santéAu flot mystérieux des fleuves.
Et Tartuffe ? — Jamais‖ il n’a que des refusPour la pauvre naïade.‖ Il craint l’eau froide, commeLe bienheureux saint Labre,‖ et ses cheveux touffusSont vierges des baisers‖ du peigne. — Le pauvre homme !
Adam veut que sa fille‖ au front pur, son trésor,Sous le noir sanglot des huéesNe porte pas la pourpre‖ et les étoffes d’or,Ces haillons des prostituées.
Et Tartuffe ? — Blessé‖ par des yeux vert-de-mer,Avec une Ève en fleur‖ il mordille la pomme,Et, tout en répétant :‖ Craignez le fruit amer,Il vous le croque avec‖ délices. — Le pauvre homme !
Adam, pour mettre un coq‖ à la place d’un lys,Ne veut plus imiter Xaintrailles ;Il appelle à grands cris‖ le jour où tous ses filsNe seront plus chair à mitrailles.
Et Tartuffe ? — Il prétend‖ qu’on acquitte l’impôtDu sang. Et si quelqu’un‖ dit : Tue ! il crie : Assomme !Ses prédilections‖ sont pour saint Chassepot,Pour saint Bonnin et pour‖ saint Dreyse. — Le pauvre homme !
Adam, victorieux‖ du passé triste et vain,Regarde sans terreur les voilesDe l’insondable azur,‖ où le berger divinMène ses grands troupeaux d’étoiles.
Et Tartuffe ? — Il nous dit :‖ Les astres, les soleils,Les comètes, cela‖ regarde l’astronome.Moi, ce que j’aperçois‖ au fond des cieux vermeils,C’est un vengeur, un dieu‖ féroce. — Le pauvre homme !
Raison ! divinité‖ sereine, qu’à genouxDiderot proclama naguère,Parle ! protège-nous !‖ entends-nous ! sauve-nous !Détruis la Bêtise et la Guerre !
Sauve Marco, la stryge‖ aux yeux froids et hautains ;Sauve Shahabaam,‖ sauve monsieur Prudhomme ;Sauve les idiots,‖ sauve les philistinsEt les envieux, — et‖ Tartuffe, le pauvre homme !
Juin 1868.
Versification
- Forme
- 14 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 14(abab)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (42 de 12, 14 de 8)· profil 8, 6−6
- Strophes
- 14 quatrains
- Mots à la rime
- a natal / cristal masculine, classiqueb libératrice / nourrice féminine, classiquea oremus / Rémus masculine, classiqueb Rome / homme féminine, classiquea jardin / dédain masculine, classiqueb reptile / inutile féminine, classiquea amas / Dumas masculine, classiqueb consomme / homme féminine, classiquea Beauté / santé masculine, classiqueb d’épreuves / fleuves féminine, classiquea refus / touffus masculine, classiqueb comme / homme féminine, classiquea trésor / d’or masculine, classiqueb huées / prostituées féminine, classiquea vert-de-mer / amer masculine, classiqueb pomme / homme féminine, classiquea lys / fils masculine, classiqueb Xaintrailles / mitrailles féminine, classiquea l’impôt / Chassepot masculine, classiqueb Assomme / homme féminine, classiquea vain / divin masculine, classiqueb voiles / d’étoiles féminine, classiquea soleils / vermeils masculine, classiqueb l’astronome / homme féminine, classiquea genoux / sauve-nous masculine, classiqueb naguère / Guerre féminine, classiquea hautains / philistins masculine, classiqueb Prudhomme / homme féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1998· numérisation Peter Edwards· Sources