Occidentales, 1875
Pénélope et Phryné
A Charles Marchal
D’autres peindront, sur les sommets,Cythérée ou bien sainte Thècle,Ou César victorieux ; mais,En véritable enfant du siècle,
Pour nous charmer, le blond Marchal,Dont la couleur est fort congrue,Cette fois à son fil d’archalSuspend la Cocotte et la Grue.
C’est-à-dire, ô gens de Passy,Tout le bonheur que nous voulûmes ;Toute l’âme de ce temps-ciReprésentée en deux volumes.
Pénélope aux chastes bandeaux,Qu’avec respect le démon tente,Cache sa poitrine et son dosSous sa belle robe montante,
Et, sous ses lambris fleuronnés,Voile dans les plis d’une guimpeDeux monts sauvages, couronnésDe neiges, ainsi qu’un Olympe.
Elle coud, d’un geste humble et doux,Avec des airs de sœur tourière ;Total : quinze mille francs, tousLes six mois, chez la couturière.
Méprisant le NiagaraPour sa chute, — elle est tourterelleEt pleure, et son mari seraPhilémon, — s’il n’est Sganarelle !
Quant à Phryné, toute à l’AmourQu’elle tient captif en son antre,Elle a la taille courte, pourDonner plus d’importance au ventre.
Elle s’orne d’un lourd chignonQue baisent des rayons frivoles ;Sur son front naïf et mignonCourt un fouillis de mèches folles ;
Puis, sur son dos voluptueux,Mais net comme la bonne prose,Dégringolent de somptueuxTire-bouchons couleur de rose,
Et sa robe, pour des desseinsQu’on ne peut croire pacifiques,Montre à nu le dos et les seinsAinsi que les bras magnifiques.
Sa ceinture, — qui nous prometTout, — a l’air, fière et sans vergogne,Du grand cordon que Wateau metAu tout petit duc de Bourgogne ;
Bref, adorable au premier chef !Mais le malheur, c’est qu’elle mangeDe l’or et du papier joseph,Et qu’elle s’en nourrit, pauvre ange !
Double régal pour AmadisErrant dans la campagne verte,Pénélope a l’air d’un grand lysEt Phryné d’une rose ouverte.
Chez nous, en pleine floraison,En jupe austère, en folle cotte,Nous avons, — Marchal a raison,La Grue et l’aimable Cocotte.
Double trésor, double présentQue le poëte ne diffameJamais ! — Seulement, à présent,Marchal, on demande… la Femme !
Quant à l’Homme… — vœux superflus !Je crois qu’en ce Paris sans gêne,Toi-même, tu ne songes plusA le chercher, ô Diogène !
Quoi ? tu le cherches encor ! — SiTu m’en crois, il est, j’imagine,Bien loin, bien loin, bien loin d’ici,Oh ! plus loin que l’île d’Égine !
Dans quelque désert écarté,Au delà des routes communes,Où sont la sainte Liberté,Les chefs-d’œuvre… et les vieilles lunes !
Mai 1868.
Versification
- Forme
- 19 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 19(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 19 quatrains
- Mots à la rime
- a sommets / mais masculine, classiqueb Thècle / siècle féminine, classiquea Marchal / d’archal masculine, classiqueb congrue / Grue féminine, classiquea Passy / temps-ci masculine, classiqueb voulûmes / volumes féminine, classiquea bandeaux / dos masculine, classiqueb tente / montante féminine, classiquea fleuronnés / couronnés masculine, classiqueb guimpe / Olympe féminine, classiquea doux / tous masculine, classiqueb tourière / couturière féminine, classiquea Niagara / sera masculine, classiqueb tourterelle / Sganarelle féminine, classiquea l’Amour / pour masculine, classiqueb antre / ventre féminine, classiquea chignon / mignon masculine, classiqueb frivoles / folles féminine, classiquea voluptueux / somptueux masculine, classiqueb prose / rose féminine, classiquea desseins / seins masculine, classiqueb pacifiques / magnifiques féminine, classiquea promet / met masculine, classiqueb vergogne / Bourgogne féminine, classiquea chef / joseph masculine, classiqueb mange / ange féminine, classiquea Amadis / lys masculine, classiqueb verte / ouverte féminine, classiquea floraison / raison masculine, classiqueb cotte / Cocotte féminine, classiquea présent masculine, classiqueb diffame / Femme féminine, classiquea superflus / plus masculine, classiqueb gêne / Diogène féminine, classiquea Si / d’ici masculine, classiqueb j’imagine / d’Égine féminine, classiquea écarté / Liberté masculine, classiqueb communes / lunes féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
76 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1998· numérisation Peter Edwards· Sources