Les Pleureuses, 1895· Messe du passé
Pendant la prière
Je voudrais retrouver‖ mes douleurs d’autrefois.Je les laissai partir‖ mais je les connais toutes,Pauvres âmes sans pain‖ qui marchent sur les routesEt qui pleurent d’extase‖ au pied des grandes croix.
… L’enfant pliant son dos‖ qui semble alourdi d’ailes,Enfantinement peint‖ sur le mur des rayons,L’ange en forme de gerbe‖ et de donation,Et qui tient la douceur‖ dans ses doigts parallèles…
Le temple ténébreux,‖ le temple illuminéOuvrait sur ma douleur‖ ses voûtes toutes grandes,Hélas ! je suis venu‖ pour que tu me le rendes,Le pauvre apaisement‖ que je t’avais donné.
Les malheurs sont des saints‖ qui sourient dans leurs geôles ;Souvent quand ils traînaient‖ leur longue passion,Qu’ils ont dû, bousculés‖ par la tentation,Dompter leurs cous humains‖ et leurs frêles épaules !
Et pourtant, la douleur‖ abandonne la chair ;La richesse des pleurs‖ laisse l’âme assouvie.Quand nous nous revoyons‖ en rêve dans la vieNous ne savons plus bien‖ que nous avons souffert.
La rue était déserte‖ au bas des cieux livides ;Après les nuits d’orgueil‖ et de bonheur hautain,En revenant à moi‖ dans le froid du matinJe me suis retrouvé‖ plaintif et les mains vides.
On ira dans mon rêve‖ ardent qui resplenditCueillir nos beaux sanglots‖ comme des grappes mûres :Leur espérance ira‖ parler dans nos murmures,Ils ne comprendront pas‖ ce que je t’aurai dit.
Ils ne comprendront pas‖ les longs secrets de phrasesOù quelque souvenir‖ s’éveillait à demi,Notre grâce, et l’espoir,‖ ce grand mystère ami,Nous menant sans le voir,‖ au chemin des extases.
Puis nos yeux s’éteindront‖ sur le rêve éternel,Puis plus rien que les fleurs‖ que nous avons cueillies,Penchant leurs chagrins morts‖ sur leurs tiges vieillies,Et notre église ouverte‖ aux regards bleus du ciel.
Je te voyais passer,‖ sainte, silencieuse,J’ai vu passer la brève‖ et fuyante clarté ;Oh ! je voudrais toucher‖ avec timiditéTes lèvres de silence‖ et ta robe pieuse…
Puis tous les souvenirs‖ dans un large frissonSe relevaient, ainsi‖ qu’une foule bénie…Une nuit j’écoutais‖ la lointaine harmonieTandis que je veillais‖ tout seul dans ma maison…
Un homme lentement‖ montait l’escalier sombre,J’entendais la tristesse‖ égale de ses pas,Puis il s’est arrêté‖ comme s’il était las…Oh je veux enfouir‖ mes rêves dans ton ombre !
Versification
- Forme
- 12 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 12(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 12 quatrains
- Mots à la rime
- a d’autrefois / croix masculine, classiqueb toutes / routes féminine, classiquea d’ailes / parallèles féminine, classiqueb rayons / donation masculine, non classiquea illuminé / donné masculine, classiqueb grandes / rendes féminine, classiquea geôles / épaules féminine, classiqueb passion / tentation masculine, classiquea chair / souffert masculine, non classiqueb assouvie / vie féminine, classiquea livides / vides féminine, classiqueb hautain / matin masculine, classiquea resplendit / dit masculine, classiqueb mûres / murmures féminine, classiquea phrases / extases féminine, classiqueb demi / ami masculine, classiquea éternel / ciel masculine, classiqueb cueillies / vieillies féminine, classiquea silencieuse / pieuse féminine, classiqueb clarté / timidité masculine, classiquea frisson / maison masculine, classiqueb bénie / harmonie féminine, classiquea sombre / ombre féminine, classiqueb pas / las masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.4
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Pleureuses, Paris, Ernest Flammarion, éditeur, 1920· numérisation poesies.net· Sources