Les Pleureuses, 1895· Les choses
Tercets
La fenêtre m’attriste, ce soir.
I
Au pays des champs bleus‖ et des choses heureuses,Allez, ô mes oiseaux,‖ dans le soir qui s’endortSur vos cœurs désolés‖ et vos ailes peureuses.
Le chagrin de la vie‖ est doux comme la mort…J’entends pleurer les chants‖ et les rumeurs fiévreusesDe la vieille cité‖ debout dans le ciel d’or !
J’ai regardé longtemps‖ dans la même attitudeLa chambre sans couleur‖ où mon cœur est resté,Lourd de son long silence‖ et de sa solitude.
Puis, large rayon d’or‖ à la pâle clarté,Sur le mur de repos‖ que le soir gris dénude,La fenêtre vermeille‖ où je vois la cité.
II
C’est la nuit. Tout s’est tu‖ dans les mornes enceintes ;Dans l’azur du silence‖ où sont morts tant d’adieux,J’entends errer longtemps‖ toutes les voix éteintes.
Et je regarde loin‖ des implacables cieux,Plus loin que tous les chants‖ et que toutes les plaintesLa blancheur du matin‖ où se parlent vos yeux.
Ô porteurs incertains‖ des armes et des lyres,Cherchons l’apothéose‖ et le souverain bienSur le chemin de gloire‖ où sont les vrais martyres.
Je vois qu’il va mourir‖ ce passé qui fut mien,Je vois que mon grand soir‖ ternirait vos sourires,Que je suis malheureux,‖ et que je ne veux rien.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 4[ababab]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a heureuses / peureuses / fiévreuses féminine, classiqueb s’endort / mort / d’or masculine, classiquea attitude / solitude / dénude féminine, classiqueb resté / clarté / cité masculine, non classiquea enceintes / éteintes / plaintes féminine, classiqueb d’adieux / cieux / yeux masculine, classiquea lyres / martyres / sourires féminine, classiqueb bien / mien / rien masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Pleureuses, Paris, Ernest Flammarion, éditeur, 1920· numérisation poesies.net· Sources