Œuvres complètes de Béranger, 1839
La restauration de la chanson
JANVIER 1831
Air : J’arrive à pied de province
Oui, chanson, Muse ma fille,J’ai déclaré netQu’avec Charle et sa familleOn te détrônait.Mais chaque loi qu’on nous donneTe rappelle ici.Chanson, reprends ta couronne.‒ Messieurs, grand merci !
Je croyais qu’on allait faireDu grand et du neuf ;Même étendre un peu la sphèreDe Quatre-vingt-neuf.Mais point ! on rebadigeonneUn trône noirci.Chanson, reprends ta couronne.‒ Messieurs, grand merci !
Depuis les jours de décembre,Vois, pour se grandir,La Chambre vanter la Chambre ;La Chambre applaudir.À se prouver qu’elle est bonneElle a réussi.Chanson, reprends ta couronne.‒ Messieurs, grand merci !
Basse-cour des ministèresQu’en France on honnit,Nos chapons héréditairesSauveront leur nid.Les petits que Dieu leur donneY pondront aussi.Chanson, reprends ta couronne.‒ Messieurs, grand merci !
Gloire à la garde civique,Piédestal des lois !Qui maintient la paix publiquePeut venger nos droits.Là haut, quelqu’un, je soupçonne,En a du souci.Chanson, reprends ta couronne.‒ Messieurs, grand merci !
La planète doctrinaireQui sur Gand brillait,Veut servir de luminaireAux gens de juillet.Fi d’un froid soleil d’automne,De brume obscurci !Chanson, reprends ta couronne.‒ Messieurs, grand merci !
Nos ministres, qu’on peut mettreTous au même point,Voudraient que le baromètreNe variât point.Pour peu que là bas il tonne,On se signe ici.Chanson, reprends ta couronne.‒ Messieurs, grand merci !
Pour être en état de grâce,Que de grands peureuxOnt soin de laisser en placeLes hommes véreux !Si l’on ne touche à personne,C’est afin que si…Chanson, reprends ta couronne.‒ Messieurs, grand merci !
Te voilà donc restaurée,Chanson mes amours.Tricolore et sans livréeMontre-toi toujours.Ne crains plus qu’on t’emprisonne,Du moins à Poissy.Chanson, reprends ta couronne.‒ Messieurs, grand merci !
Mais pourtant laisse en jachèreMon sol fatigué.Mes jeunes rivaux, ma chère,Ont un ciel si gai !Chez eux la rose foisonne,Chez moi le souci.Chanson, reprends ta couronne.‒ Messieurs, grand merci !
80 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources