Œuvres complètes de Béranger, 1839
La couronne de bluets
À MADAME ***
Air : J’ai vu partout dans mes voyages
Du ciel j’arrive, et mon voyageNous épargne à tous bien des pleurs.Beauté folâtre autant que sage,Ne jouez plus avec des fleurs.Sachez qu’hier, la panse rondeEt l’œil obscurci par Bacchus,Jupin a cru dans notre mondeVoir une couronne de plus.
À la colère il s’abandonne :« L’abus, dit-il, devient trop fort.Encore un front que l’on couronneQuand le faiseur de rois est mort !Sur ce front lançons mon tonnerre ;Du faible enfin vengeons les droits.Je veux voir un jour sur la terreLes rois sujets, les sujets rois. »
Dans son conseil alors j’arrive ;(Où les rimeurs n’entrent-ils pas ?)En joue il vous met sans qui vive !Mais je l’aborde chapeau bas :« Jupin, de ton arrêt j’appelle ;Ta balance et tes poids sont faux :Ta cour de justice éternelleA-t-elle eu ses gardes des sceaux ?
« Braque tes lunettes, vieux sire,Sur le front couronné par nous ;De la candeur c’est le sourire,De la bonté c’est l’œil si doux.Lorsque les carreaux de son foudreChez nos sourds passent pour muets,Jupin ne mettrait-il en poudreQu’une couronne de bluets ? »
« Oh ! oh ! dit-il, qu’allais-je faire ?Ailleurs frappons ; mon foudre est chaud. »‒ « Frappe ; mais sur notre hémisphèreVise donc plus bas ou plus haut. »Heureux d’avoir su vous défendre,J’accours des célestes donjons.Quant à Jupin, je viens d’apprendreQu’il a foudroyé deux pigeons.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources