Œuvres complètes de Béranger, 1839
Le malade
AVRIL 1823
Air : Muse des bois et des accords champêtres
Un mal cuisant déchire ma poitrine,Ma faible voix s’éteint dans les douleurs ;Et tout renaît, et déjà l’aubépineA vu l’abeille accourir à ses fleurs.Dieu d’un sourire a béni la nature,Dans leur splendeur les cieux vont éclater.Reviens, ma voix, faible, mais douce et pure :Il est encor de beaux jours à chanter.
Mon Esculape a renversé mon verre,Plus de gaîté ! mon front se rembrunit ;Mais vient l’Amour et le mois qu’il préfère :Déja l’oiseau butine pour son nid.Des voluptés le torrent va s’épandreSur l’univers qui semblait végéter.Reviens, ma voix, faible, mais toujours tendre :Il est encor des plaisirs à chanter.
Pour mon pays que de chansons encore !D’un lâche oubli vengeons les trois couleurs ;De nouveaux noms la France se décore ;À l’aigle éteint nous redevons des pleurs.Que de périls la tribune orageuseOffre aux vertus qui l’osent affronter !Reviens, ma voix, faible, mais courageuse :Il est encor des gloires à chanter.
Puis j’entrevois la liberté bannie ;Elle revient : despotes, à genoux !Pour l’étouffer en vain la tyrannieFait signe au Nord de déborder sur nous.L’ours effrayé regagne sa tanière,Loin du soleil qu’il voulait disputer.Reviens, ma voix, faible, mais libre et fière :Il est encor un triomphe à chanter.
Que dis-je ? hélas ! oui, la terre s’éveille,Belle et parée, au souffle du printemps.Mais dans nos cœurs le courage sommeille ;Chargé de fers, chacun se dit : J’attends !La Grèce expire, et l’Europe est tremblante ;Seuls, nos pleurs seuls osent se révolter.Reviens, ma voix, faible, mais consolante :Il est encor des martyrs à chanter.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources