Œuvres complètes de Béranger, 1839
La mouche
Air : Je loge au quatrième étage
Au bruit de notre gaîté folle,Au bruit des verres, des chansons,Quelle mouche murmure et vole,Et revient quand nous la chassons ? (bis.)C’est quelque dieu, je le soupçonne,Qu’un peu de bonheur rend jaloux.Ne souffrons point qu’elle bourdonne,Qu’elle bourdonne autour de nous.
Transformée en mouche hideuse,Amis, oui, c’est, j’en suis certain,La Raison, déité grondeuse,Qu’irrite un si joyeux festin.L’orage approche, le ciel tonne ;Voilà ce que dit son courroux.Ne souffrons point qu’elle bourdonne,Qu’elle bourdonne autour de nous.
C’est la Raison qui vient me dire :« À ton âge on vit en reclus.« Ne bois plus tant, cesse de rire,« Cesse d’aimer, ne chante plus. »Ainsi son beffroi toujours sonneAux lueurs des feux les plus doux.Ne souffrons point qu’elle bourdonne,Qu’elle bourdonne autour de nous.
C’est la Raison ; gare à Lisette !Son dard la menace toujours.Dieux ! il perce la collerette :Le sang coule ! accourez, Amours !Amours, poursuivez la félonne ;Qu’elle expire enfin sous vos coups.Ne souffrons point qu’elle bourdonne,Qu’elle bourdonne autour de nous.
Victoire ! amis, elle se noieDans l’aï que Lise a versé.Victoire ! et qu’aux mains de la JoieLe sceptre enfin soit replacé.Un souffle ébranle sa couronne ;Une mouche nous troublait tous.Ne craignons plus qu’elle bourdonne,Qu’elle bourdonne autour de nous.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources