Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes de Béranger, 1839

Le prince de navarre

OU MATHURIN BRUNEAU

Pierre-Jean de Béranger· 64 vers

Air du ballet des Pierrots

Quoi ! tu veux régner sur la France !Es-tu fou, pauvre Mathurin ?N’échange point ton indigenceContre tout l’or d’un souverain.Sur un trône l’ennui se carre,Fier d’être encensé par des sots.Croyez-moi, prince de Navarre,Prince, faites-nous des sabots.

Des leçons que le malheur donne,Tu n’as donc point tiré de fruit ?Réclamerais-tu la couronne,Si le malheur t’avait instruit ?Cette ambition n’est point rare,Même ailleurs que chez les héros.Croyez-moi, prince de Navarre,Prince, faites-nous des sabots.

Dans le rang que toi-même espères,Trompés par des flatteurs câlins,Que de rois se disent les pèresD’enfants qui se croient orphelins !Régner, c’est n’être point avareDe lois, de rubans, de grands mots.Croyez-moi, prince de Navarre,Prince, faites-nous des sabots.

Quand tu combattrais avec gloire,Sache que plus d’un conquérantSe voit arracher la victoirePar un général ignorant.Un Anglais, aidé d’un Tartare,Foule aux pieds de nobles drapeaux.Croyez-moi, prince de Navarre,Prince, faites-nous des sabots.

Combien d’agents illégitimesServent la légitimité !Trop tard sur les malheurs de NîmesOn éclairerait ta bonté.Le roi qu’au Pont-Neuf on répareParle en vain pour les huguenots.Croyez-moi, prince de Navarre,Prince, faites-nous des sabots.

De tes maux quel serait le terme,Si quelques alliés sans foiPrétendaient que tu tiens à fermeLe trône que tu dis à toi !De jour en jour leur ligue avareAugmenterait le prix des baux.Croyez-moi, prince de Navarre,Prince, faites-nous des sabots.

Enfin pourrais-tu sans scrupule,Graissant la patte au Saint-Esprit,Faire un concordat ridiculeAvec ton père en Jésus-Christ ?Pour lui redorer sa tiare,Tu nous surchargerais d’impôts.Croyez-moi, prince de Navarre,Prince, faites-nous des sabots.

D’ailleurs ton métier nous arrange :Nos amis nous ont fait capot.C’est pour que l’étranger la mangeQue nous mettons la poule au pot.De nos souliers même on s’empareAprès avoir pris nos manteaux.Croyez-moi, prince de Navarre,Prince, faites-nous des sabots.

64 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources