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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Soixante années de lyrisme intermittent, 1945

A Catulle Mendès

Tristan de Bernard· 28 vers

En 1897, je faisais mes seconds débuts au _théâtre avec une pièce en un acte « Allez Messieurs » (j’avais donné en 1895 « Les pieds nickelés » à l’œuvre). Le principal personnage de ma nouvelle pièce était joué par l’acteur Garbagni. C’était un poète qui se battait en duel, et qui ne témoignait pas d’une grande intrépidité. Parmi les comédiens de la troupe, il y avait un ou deux amis de Catulle Mendès. Ils imaginaient des plus injustement que j’avais fait allusion à ce poète qui s’était assez souvent battu en duel, et qui, au contraire de mon héros, s’était toujours comporté courageusement sur le terrain. Mendès, égaré par de faux rapports, me reprocha dans sa critique du JOURNAL, d’avoir douté du courage des poètes. A ce propos, il cita le nom de l’intrépide Glatigny, et remonta dans l’histoire jusqu’au lointain Eschyle qui avait, à Salamine, témoigné d’une grande bravoure. Ce sont, disait-il aigrement, des « plaisanteries de bon camarade ». Je lui adressai donc cette ballade en prenant comme refrain le célèbre. O genus irritabile vatum

Je le sais qu’Albert GlatignyEût combattu tigre et panthère.Et qu’Eschyle au front dégarniEut un beau livret militaire…J’en sais un… que vous dûtes taire…Qui ne s’est jamais défiléQuand on s’en fut… près de Nanterre…O genus irritabile !

Mais puis-je croire feu Vigny,Dont je goûte le caractère,Solitaire de Garbagni ?Le Pinde est-il un phalanstèreOu le moindre clerc de notaireA Phoibos est assimilé,S’il a les cheveux de Clotaire ?O genus irritabile !

Bon camarade ? Moi, nenni !Je suis un rieur solitaire,Et j’ai le dégoût infiniDe maint snob et bas caudataire,Mais d’un amour que rien n’altèreJ’aime le beau cheval ailéQui m’a souvent jeté par terre…O genus irritabile…

Vous m’avez mis, critique austère,Du poivre dans mon narghilé,Des clous dans mon fauteuil Voltaire…O genus irritabile…

28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Soixante années de lyrisme intermittent, PARIS, ÉDITIONS LITTÉRAIRES DE FRANCE, 1945· Sources