Soixante années de lyrisme intermittent, 1945· Nos trophées
« J’ai fait, la nuit passée, un rêve sanguinaire »
J’ai fait, la nuit passée, un rêve sanguinaire :Un archange, posant le pied sur mon thorax,Me disait sur un ton très extraordinaire :« Il faudra dès demain remplacer Ganderax ! »…
Je pourrai donc, armé des droits de la critique,Tancer chez les Konings le pouvoir temporel.Et tour à tour, dans ma chronique dramatique,Vitupérer Antoine et louanger Porel.
Antoine, c’était le théâtre réaliste qui, étant de création toute récente, avait droit à la sympathie des jeunes. Porel représentait des pièces de Sardou, que nous traitions avec sévérité. (Sardou était né en 1831). Et mon poème continuait ainsi :
Je comblerai, Buloz, tes autels d’aromates,J’eus des torts envers toi… Je les veux expierParmi les amiraux et les vieux diplomatesQu’entourent de respect les couteaux à papier.
Il y avait, dans ces poèmes, des plaisanteries qui nous amusaient, mais qui, aux yeux de nos aînés, diminuaient peut-être l’autorité de nos critiques.
J’entendai discourir des professeurs d’histoire…O mon âme, il faudra les laisser divaguer,Je verrai Melchior voguant sur la mer noire,Je n’empêcherai pas Melchior de Voguë…
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Soixante années de lyrisme intermittent, PARIS, ÉDITIONS LITTÉRAIRES DE FRANCE, 1945· Sources