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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies narbonnaises, 1860

A son altesse impériale le prince louis-napoléon, président de la république

Lors de son passage à Narbonne, le 4 septembre 1852

Hercule Birat· 92 vers

Prince, agréez les vers d’un tout petit poëte.Alors que se taisaient les chantres de renom,Du grotesque Silène il enfourcha la bêteQui vaguait au sacré vallon :

Sur un côteau riant, à l’ombrage des treilles,Couché dans un fouloir, le dieu, cuvant son vin,Avec tous ses suppôts, dormait sur ses oreilles :Tout favorisait le larcin.

Aussi prit-il du dieu, broc, défroque et couronne.Dans ce déguisement, d’une rieuse voix,Aux vignerons madrés du terroir de Narbonne,Il chanta sa gamme en patois.

C’était un temps d’erreur, de trouble et de scandale :D’un passé désastreux l’emblème redouté ,Dressé sur un brancard par les forts de la halle,Paradait dans notre Cité.

Sur le déclin du jour envahissant la rue,Et, le bâton levé, menaçant nos mépris,D’émeutiers insolents une immonde cohueHurlait d’épouvantables cris.

Ceux-là montraient leurs traits : sur leurs faces cyniquesLes torches projetaient leur livide clarté ;Dans leurs amples manteaux d’autres plus politiquesAbritaient leur complicité ;

Et tous les soirs, au club, de sots énergumènesEmpoisonnaient le cœur de l’artisan jalouxPar l’exposé flatteur des doctrines malsainesDes Proudhon, Cabet et Leroux.

Lui, faisait infuser dans son pot à grenacheUne once de bon sens et quelques grains d’esprit,De cet esprit badin qui rarement nous fâche,Et dont le moqué parfois rit.

Il y joignait encore un scrupule d’histoire,Un tantin de morale et des dictons plaisants ;Et, mélangeant le tout, il le versait à boireÀ ces péroreurs délirants.

C’était un saint devoir, car la horde anarchiqueAvait en succursale érigé sa maison ;Et le honteux loyer, par un effet magique,Se changeait en contre-poison.

Prêcher dans le désert fut, hélas ! son partage.Bien peu furent guéris. Les malheureux déçus,Dans leur ardente soif, par un trompeur mirage,Braillaient et ne raisonnaient plus.

Prince ! ce que n’ont pu les traits du ridicule,Ni les forts arguments des plus savants docteurs,Vous l’avez fait, armé de la masse d’Hercule :Pour nous luisent des jours meilleurs.

Grâce à vous nous entrons dans une nouvelle ère :Ce n’est plus l’homme bon qui craint, c’est le méchantEt vers un avenir glorieux et prospèreNous marchons à pas de géant.

J’en ai de bons garants dans cette foi robusteQui, brisant un parti rugissant de fureur,Rendit tout son éclat à la tiare auguste,Tout son pouvoir au grand pasteur ;

Dans cette activité dévorante, exemplaire,Du plus infime agent éperonnant l’ardeur,Qui croit n’avoir rien fait tant qu’il lui reste à faireEt dont le type est l’empereur.

J’allais louer encor cette large clémenceQui, pour le relever d’un sévère décret,Attend de l’exilé qui rêve de la France,Moins qu’un repentir…, un regret.

Les siècles, je le veux, en gardent la mémoire ;Elle grandit les noms des rois et des héros ;Du neveu de César elle a scellé la gloire ;Mais les vertus ont leurs défauts.

Ah ! parmi ces pervers plongés dans la crapule ,Dans leurs sales haillons se drapant en romains,Des Fieschi, des Meunier, il est plus d’un émule,Plus d’un sectateur des Pépins .

Ceux-là vous en ferez un entier sacrifice,Prince ! vous le devez au peuple souverainDont vous êtes l’élu ; car la main de justicePour frapper est dans votre main.

Le fer qui trancherait une si chère vie( Terrorisme hideux, ce sont-là de tes coups ! )Pénétrerait, sans doute, au cœur de la patrie ;Prince, en vous sauvant, sauvez-nous !

L’Europe vous admire à l’instar de la France ;Pour moi, je suis à vous, Altesse, et de tout cœur.Si je savais louer, de ma reconnaissanceMes vers atteindraient la hauteur.

Pour me punir, dit-on, d’avoir lâché la vanneAu trop plein d’un esprit railleur, original,Je devais sur mon dos porter la Marianne,Et bondir sous le germinal ;

J’en avais fait mon deuil, et je chantais d’avanceMa Passion , d’un air plaintivement moqueur,Quand votre coup d’état, de cette triste chanceM’a délivré pour mon bonheur.

Ma dédicace ne contenait d’abord que dix-huit strophes. J’y louais, sans restriction aucune, la magnanime clémence du Chef de l’État ; mais la découverte, à Marseille, d’une machine infernale dont l’explosion devait, disait-on, faire périr, avec le prince et son entourage, des centaines de personnes, changea mes idées sur ce point, et quelques heures avant son passage, je fis les cinq strophes additionnelles dont l’énergie trouve sa justification dans le complot abominable publié par les journaux.

92 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies narbonnaises, Narbonne, EMMANUEL CAILLARD, IMPRIMEUR-LIBRAIRE, 1860· Sources