Poésies narbonnaises, 1860
Chanson dialoguée
Entre des Blancs et des Rouges PAR UN TRICOLOR INOFFENSIF
Sur l’air de : Aro l’aben attrapat l’aoussel dé las grossos alos.
Alternis cantemus, amant alterna camenæ.
D’al bers alternatif la muso sé régalo ;
En francés, en patouès, rambouien-nous la balo.
Un propriétaire
Ramonet, pour le scrutin,Sois matinal à Narbonne ;Serre bien ce bulletin,Et ne le montre à personne.
Pour maintenir le repos,Bonnes têtes !Cœurs honnêtes !Pour maintenir le repos,Soutenons Monsieur Ducros.
Le Ramonet
Siogué dur ou siogué mol,Eï dé trabal à Balisto ;Quand mé coupessoun lou col,Boutareï per bostro listo.
Bous béiréts pla couillounats,Garlistos,Ourléanistos !Bous béiréts pla couillounats,Aouréts quatré pans dé nas !
Autre propriétaire
Depuis vingt ans environ,Si j’ai bonne souvenance,Ton fils est mon vigneron ;C’est t’en dire assez, je pense.Pour maintenir,etc.
Un paysan
S’escoutabi Izabel ,Saïo dal partit dé Sestré,Mais un mousségné fidelDéou bouta coumo soun maistré.Bous béiréts, etc.
Un commerçant
Il est donc bien vrai, Benoît,Que tu nous tournes visage :On dit, dans plus d’un endroit,Que Dufour a ton suffrage.Pour maintenir,etc.
Un portefaix
Las gens dé l’aoutré partit,D’après iéou, perdran la Franco.Sé sabio cal bous a ditQu’èri rougé… qu’uno danso !Bous béiréts, etc.
Un médecin
Sans mes soins tout gratuits,Paul, tu restais cul-de-jatte ;Sois reconnaissant et fuisTout candidat écarlate.Pour maintenir,etc.
Un ouvrier
Aouio pas jamaï pénsat,Moussu, dé paouza la crosso ;A boun dréit, abets coumtatSus ma bouès… n’ajessé fosso !Bous béiréts, etc.
Un avocat
Un bon contrat, grâce â moi,Consolide ta créance ;Si quelqu’un dépend de toi,Use de ton influence.Pour maintenir,etc.
Le client
D’al chaouchas m’abets tirât,Saréts toujours moun boun angéUn countrat hypouthécatPrimo las lettros dé changé.Bous béiréts, etc.
Un infirmier
Si vous voulez plaire aux sœursEt faire gras le dimanche,Imitez vos bons pasteurs :Votez pour la liste blanche.Pour maintenir,etc.
Un écloppé
Én boutan pél boun coustatAourén nostro récoumpenso ;S’és pas à la Garitat,Ount és la récouneissenço !Bous béiréts, etc.
Un fabricant
La futaille est hors de prixQuand prospère le commerce ;Tonnelier, sois moins éprisDes rêves dont on te berce.Pour maintenir,etc.
Un tonnelier
Moussu, seï gaïré-bé fus :El’ prou d’aquélos pratiquos ;Goumo Riquet sareï gusSé saoucli pas dé barriquos.Bous béiréts, etc.
Un rentier
Eh bien, pauvre tisserand !Quand te verrai-je à l’ouvrage ?Sous Philippe le tyranBien rare était le chômage.Pour maintenir,etc.
Le tisserand
Lou téms és pla mai cruelQué péndén nostr’esclabaché ;Ma fénno, la larme- à Tel,A dounat lou séou én gâché !Bous béiréts, etc.
Un architecte
C’est assez de temps perdu :Quand les citoyens se pouillent,Le travail est suspendu,Et les truelles se rouillent.Pour maintenir,etc.
Un ouvrier maçon
Sioï as ordrés dé FirmenAl chantiè dé Sant-Estropi ;Faou coum’él, sans examen.Déma sareï pas rélopi !Bous béiréts, etc.
Un meneur.
Le Pouvoir est enrayé ;Ce conflit aura son terme.L’octroi sera balayé :Pour toi, je pousserai ferme.Pour maintenir,etc.
Un postulant
Manji pas moun plén sadoul,Crézets-bo. S’aquo m’arribo,Mé béiréts pla lèou boudoul :Fareï lou péndén d’Oulibo .Bous béiréts, etc.UN
Ci-devant
Roch, je te fais mon cocher,Et je dote ma servante.Laurent peut ailleurs chercher ;N’est-il pas rouge amaranthe !Pour maintenir,etc.
Le valet d’écurie
O qué las géns soun michants !La bertat n’és indignado :S’escoutabi lous cancans,Moussu, l’aouiots énsachado.Bous béiréts, etc.
Un capitaliste
A ce pauvre capitalOn fait une rude guerre ;Aussi, passant le canal ,Il émigre en Angleterre.Pour maintenir,etc.
Un homme de peine
Es pas brico abé d’esquel,Foutrais coumo bergamotos ,Batoun l’aïgo am’un basselPer attira las gragnotos !Bous béiréts, etc.
Un armateur
Patron ! avais-je bien tortQuand, voyant venir l’orage,Je disais : Adieu le port !Dieu nous garde du naufrage !Pour maintenir,etc.
Le patron
Moussu, né béirén d’éspés !Dé l’Éstat la barquo soumbro ;Abèn faït lou gous coubés,Qué laïsso la car per l’oumbro.Bous béiréts, etc.
Un autre propriétaire
Vraiment, je ne comprends pasL’erreur de nos gens de peine !Alors qu’on leur tend les bras,Ils gueulent qu’on les enchaîne.Pour maintenir,etc.
Le garde-chasse
A Bertrand fazets dé bé,N’aouréts uno pétarrado .Soun d’ingrats, ba bézi bé,S’én béiran uno frétado.Bous béiréts, etc.
Un marchand de cuirs
Du conseil dissous, bottier,Es-tu partisan encore ?Je t’ai connu l’an dernier,Non pas rouge, mais aurore.Pour maintenir,etc.
Le bottier
Beï seï jaouné… troun dé lair !Las bottos soun.délaïssados ;Lous ésclops, aquést’hiber,Ban péta sus las calados.Bous béiréts, etc.
Un droguiste
Les rouges sont aux abois ;C’est ainsi que les sangsuesNe servent jamais deux foisQuand elles sont bien repues.Pour maintenir,etc.
Un revendeur
Jésus ! n’eï dins un boucal ;Las eï très fés dégourjadosSans émpléga gés dé sal,Tiroun coumo d’énrachados.Bous béiréts, etc.
Un apothicaire
Par des moyens anodins,Tu peux m’en croire, Bédrine,On fait des républicainsPlus que par la guillotine.Pour maintenir,etc.
Un carabin
Das campardins dé CaoudièsCounéissoun qué las fourmulos ;Sas chiringos an cinq piès,Las balos soun sas pilulos.Bous béiréts, etc.
Un minotier
Ne crois pas, mon ami Franc,Ces gens qu’un faux zèle enflamme ;Quoique saupoudré de blanc,Je suis tricolor dans l’âme.Pour maintenir,etc.
Un boulanger
A l’èl juchén pas digus :Las amellos énsucrados,Qué soun blancos per dessus,Soun roujos quand soun chucados.Bous béiréts, etc.
Un marguillier
Le bedeau se donne au vin ;Le suisse a la goutte, et boite ;Je prendrai ta cause en main,Mais vote au moins pour la droite.Pour maintenir,etc.
Un rat d’église
Iéou sioï pas d’apéraquisEt n’eï pas qu’uno paraoulo.Moun gran, lou casso-couquisM’a laissât sa brabo gaoulo.Bous béiréts, etc.
Un curé
D’apôtres, la trique en main,Toujours foisonne la ville ;Mieux qu’un prêtre, un galopinInterprête l’Évangile.
Pour maintenir le repos,Bonnes têtes !Cœurs honnêtes !Pour maintenir le repos,Soutenons Monsieur Ducros.
Un croque-mort
N’eï pas jamaï trigoussatAquélo laido Marianno,Ni surtout jamaï cridat :És un riché… Sanno ! sanno !Bous béiréts pla couillounats,Carlistos,Ourléanistos !Bous béiréts pla couillounats,Aouréts quatre pans dé nas !
Octobre 1849.
216 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies narbonnaises, Narbonne, EMMANUEL CAILLARD, IMPRIMEUR-LIBRAIRE, 1860· Sources