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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1845‑1858· Poèmes et poésies

Phialé

Prosper Blanchemain· IDYLLE GRECQUE· distiques, alexandrins, 56 vers

A L. Becq de Fouquières,

O Fille de Latone,‖ ô reine au front d’argent !Blanche Phœbé, protège‖ un berger diligent !Je ne vais point, bravant‖ tes nocturnes mystères,Allumer les flambeaux‖ des amours adultères,Ni, conduit par l’espoir‖ d’un ténébreux larcin,Préparer l’embuscade‖ et le fer assassin ;Je vais (c’est le seul but‖ qui, si tard, me soutienne),Pour plaire à Phialé,‖ la blonde Athénienne,La jeune Phialé‖ dont les cheveux dorésAux flammes de ton frère‖ ont été colorés ;Te vais surprendre un nid‖ où dort une couvée,Qui près d’elle vivra‖ par mes soins élevée ;Car naguère, passant‖ près de ces arbrisseaux,Phialé s’est complu‖ aux chansons des oiseaux.

Toi, Phœbé, si jadis,‖ en sa grotte dormante,D’un berger comme moi‖ tu daignas être amante,Si tu vins caresser‖ de ton pâle rayonLes beaux yeux assoupis‖ du pâtre Endymion,O Déesse, entends-moi‖ du haut de ton ciel vaste,Prête-moi tes clartés,‖ car mon amour est chaste,Et dans mon cœur limpide‖ il rayonne aussi purQue ton disque éclatant‖ dans ce limpide azur !Au mois de l’hécatombe,‖ en nos Panathénées,Quand de fleurs et de fruits‖ les vierges couronnées,Sur leurs tètes portant‖ le miel et les gâteaux,S’assemblent dès l’aurore‖ au penchant des coteauxPuis traversant la ville‖ en blanches Théories,Vont à Minerve offrir‖ les guirlandes fleuriesEt le péplum d’azur‖ que leurs mains ont filé,J’ai vu, je ne vois plus‖ dès lors que Phialé.Phialé, ton doux nom‖ vient sans cesse à mes lèvres ;Au penchant de l’Hymette,‖ où je conduis mes chèvres,Je m’assois et je cherche,‖ en redisant ton nom,L’humble toit de ta mère‖ au pied du ParthénonJe néglige, en pensant‖ à toi, vierge adorée,Le soleil qui descend‖ derrière le Pirée.La nuit vient ; le troupeau‖ me demande en bêlantPourquoi vers le bercail‖ le retour est si lent :Et mon père s’écrie‖ au sein de sa demeure :« O l’amoureux berger,‖ peu soucieux de l’heure ! »

C’est toi, vierge aux yeux noirs,‖ au visage vermeil,C’est toi pour qui j’oublie‖ et l’heure et le sommeil ;Toi pour qui, m’arrachant‖ à ma couche lointaine,Jusques à l’Ilyssus‖ j’ai traversé la plaine.Palès m’a laissé voir‖ sous ces yeuses vertsUn nid où trois oiseaux,‖ d’un blanc duvet couverts,Se pressent dans la mousse‖ et ne font que d’éclore.Moi, tandis que leur plume‖ inerte et faible encoreDans le liquide éther‖ ne peut les appuyer,J’ai tressé de mes mains‖ cette cage d’osier.Je veux y réunir‖ les petits et la mère,Près d’eux elle oublira‖ la servitude amère ;J’émietterai le pain‖ et la graine pour eux,Puis, enflant mes pipeaux,‖ en des rythmes nombreux,Longtemps je chanterai,‖ les instruisant moi-mêmeA moduler pour toi‖ les chants que ta voix aime.

Juin 1851.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
28((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
3 distiques
Mots à la rime
a d’argent / diligent masculine, classiqueb mystères / adultères féminine, classiquea larcin / assassin masculine, classiqueb soutienne / Athénienne féminine, classiquea dorés / colorés masculine, classiqueb couvée / élevée féminine, classiquea arbrisseaux / oiseaux masculine, classiqueb dormante / amante féminine, classiquea rayon / Endymion masculine, classiqueb vaste / chaste féminine, classiquea pur / azur masculine, classiqueb Panathénées / couronnées féminine, classiquea gâteaux / coteaux masculine, classiqueb Théories / fleuries féminine, classiquea filé / Phialé masculine, classiqueb lèvres / chèvres féminine, classiquea nom / Parthénon masculine, classiqueb adorée / Pirée féminine, classiquea bêlant / lent masculine, classiqueb demeure / l’heure féminine, classiquea vermeil / sommeil masculine, classiqueb lointaine / plaine féminine, classiquea verts / couverts masculine, classiqueb d’éclore / encore féminine, classiquea appuyer / d’osier masculine, classiqueb mère / amère féminine, classiquea eux / nombreux masculine, classiqueb moi-même / aime féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Prosper Blanchemain, Paris, LIBRAIRIE ANCIENNE ET MODERNE - ÉDOUARD ROUVEYRE, 1880· numérisation archive.org· Sources