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un seul est le mot juste.

Poésies, 1845‑1858· Poèmes et poésies

Une hirondelle trouvée morte dans une chambre

A LA CAMPAGNE

Prosper Blanchemain· 16 quatrains, octosyllabes, 64 vers

Hirondelle, qu’on trouva morteDès les premiers jours du printemps,Dans cette chambre dont la porteFut close pendant si longtemps,

Comment demeuras-tu captive,Lorsqu’après le dernier été,Vers la tiédeur d’une autre riveTes sœurs volaient en liberté*

Pauvre oiseau, tu cherchais peut-êtreSi quelqu’un de tes chers petits,Moins que les autres prompt à naître,Oubliait ses frères partis.

Peut-être, en ta course effarée,Tu fuyais jusque sous ce toitQuelque chasseur de la contréeAu plomb plus rapide que toi.

Tandis qu’évitant la blessure,Ton vol se doublait de ta peur,La mort inévitable et sûreT’attendait sous l’abri trompeur.

La fenêtre fut refermée ;Le maître quitta son logis.Pour toi, prisonnière emplumée,Plus de cieux par l’aube rougis,

Plus de ces longs cris d’allégresseQui saluaient les jours naissants ;Plus de ces nids que la tendresseVenait repeupler tous les ans !

Adieu les étangs où ta plumeRidait le bleu miroir du ciel.Où tu recueillais sur l’écumeDes moucherons gorgés de miel !

Adieu les courses circulairesSur les murailles du manoir,Autour des donjons séculairesRougis par le soleil du soir !

Quand tes compagnes fugitives,Vers le sud prêtes à voler,Redoublant leurs clameurs plaintives,Sur les toits vinrent t’appeler,

En vain tu frappas de la tèteLes coins obscurs de ton cachot ;En vain tu cherchas, inquiète, mgLe soleil absent de là-haut.

Essayant la fuite impossible,Le front à la vitre heurté,Tu maudis ce mur invisibleOù se brisait ta liberté.

Enfin, haletante, éperdue,Victime d’un suprême effort,Tu tombas à terre, étendue,En exhalant un cri de mort.

Repose en paix, pauvre hirondelle ;On a placé ton corps légerEntre des rameaux, où ton aileSemble encor prête à voltiger.

S’il est vrai que l’âme revienneVers le corps d’où la vie a fui,Dans la demeure aérienneElle pourra planer sur lui ;

Et si, vers le soir, quelque brancheS’agite au murmure du vent,Nous croirons voir ton âme blancheErrer sur le tombeau mouvant.

Limeil, 28 juin 1847.

Versification

Forme
16 quatrains (quatrains)
Rimes
16(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
16 quatrains
Mots à la rime
a morte / porte féminine, classiqueb printemps / longtemps masculine, classiquea captive / rive féminine, classiqueb été / liberté masculine, classiquea peut-être / naître féminine, classiqueb petits / partis masculine, classiquea effarée / contrée féminine, classiqueb toit / toi masculine, non classiquea blessure / sûre féminine, classiqueb peur / trompeur masculine, classiquea refermée / emplumée féminine, classiqueb logis / rougis masculine, classiquea d’allégresse / tendresse féminine, classiqueb naissants / ans masculine, classiquea plume / l’écume féminine, classiqueb ciel / miel masculine, classiquea circulaires / séculaires féminine, classiqueb manoir / soir masculine, classiquea fugitives / plaintives féminine, classiqueb voler / t’appeler masculine, classiquea tète / mg féminine, classiqueb cachot / là-haut masculine, classiquea impossible / invisible féminine, classiqueb heurté / liberté masculine, classiquea éperdue / étendue féminine, classiqueb effort / mort masculine, classiquea hirondelle / aile féminine, classiqueb léger / voltiger masculine, classiquea revienne / aérienne féminine, classiqueb fui / lui masculine, classiquea branche / blanche féminine, classiqueb vent / mouvant masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Prosper Blanchemain, Paris, LIBRAIRIE ANCIENNE ET MODERNE - ÉDOUARD ROUVEYRE, 1880· numérisation archive.org· Sources