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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La France éternelle, 1918· 1914

Pour les héros tombés

Pierre de Bouchaud· 72 vers

Ils s’en étaient allés, graves, pleins d’espérance !Donnons un souvenir à tous nos héros morts.Ils ont fait leur devoir. Glorifions ces fortsPuisque tous sont tombés pour défendre la France.

Ils sont ensevelis la tête face au ciel,Disciplinés encore au delà de leur vie,Immuables gardiens du sol de la patrieLui faisant de leurs corps un rempart éternel.

Qu’elle était belle a voir leur altière allégresseLorsqu’ils durent partir tout à coup pour le feu.Jamais pourtant l’azur n’avait été plus bleu,Jamais l’air du pays aussi chargé d’ivresse.

Jamais jusqu’à ce jour, au village natal,La douceur du logis n’avait paru si douce.La moisson mûre, ainsi qu’une grande mer rousse,De ses flots assiégeait colline, plaine et val.

A l’heure élyséenne où va poindre l’aurore,Jamais plus frais parfums, du bleu tapis des thyms,Où la rosée a mis ses voiles argentins,Ne s’étaient exhalés plus tendrement encore.

Et quand l’ombre tombait sur les champs endormis,Aux abords de Vesper, jamais les crépusculesN’avaient aux coupes d’or de plus de renonculesSu déposer autant d’étincelants rubis.

Restés froids, cependant, au cher aspect des choses,Soutenant, consolant épouse, père et sœur,Sans regretter le bon logis et sa douceur,Ils partirent, rêvant de luttes grandioses.

Les fiers adolescents Certes ils savaient bienQue ce n’est pas toujours qu’on évite les balles,Mais chacun se disait, sous les coups des Vandales,Qu’il saurait succomber en vaillant citoyen.

Ils emportaient au front le baiser de leur mère.La mère avait béni son enfant,bien-aimé.Pour les combats futurs leur sein était armé"Contre les lâchetés et la tristesse amère…

Des semaines, des mois, ils se sont sans arrêtBattus, battus encor, battus toujours. Des larmesDe sang baignaient, parfois, les canons de leurs armes,Quand, blessés, ils devaient s’arrêter à regret,

Ou bien ils sont tombés au creux d’une tranchée,Au fond d’une forêt, en montant à l’assautD’un mamelon bordé d’un paisible ruisseau,Où quelque pièce à tir rapide était nichée…

Les voici maintenant côte à côte étendus.Dans l’enclos ignoré d’agrestes cimetières ;Les voici dans les champs tout proches des frontières ;Les voici dans des bourgs et des sites perdus.

Loin du suprême abri des tombes de famille,Du village natal et du clocher béni,Ils dorment, face au ciel, voisins de l’ennemi,Mais c’est l’azur français qui sur leurs restes brille ;

Plus heureux qu’en exil leurs frères prisonniersQui meurent tristement, privés de la patrie,Le sol de France enclôt leur dépouille meurtrieQue bercent les concerts d’oiselets des halliers…

— Nos plants reverdiront demain ; et chaque ruine,Comme vos corps martyrs se couvrira de fleurs ;Les cœurs autour de vous ne forment qu’un seul cœur,Petits soldats, tombés pour une œuvre divine.

Et le nouveau laurier, sur vos âmes enté,Portera, résistant au vent comme A la grêle,De la plus grosse branche au rameau le plus frêleLes fruits de la Justice et de la Liberté.

Mères, que vos chagrins de douceur s’environnent.Femmes, que la fierté console votre deuil.Et vous, sœurs, supportez avec un ferme orgueilLa perte de ces preux. Tressez-leur des couronnes.

Et dans vos oraisons mêlez pieusementAu nom trois fois béni de Jeanne la Lorraine,Tous ces sacrifiés dont la vaillance enchaîneEn plein zénith l’essor du vautour allemand.

Décembre.

72 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La France éternelle, Paris, BERNARD GRASSET, 1918· numérisation gallica.bnf.fr· Sources