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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le Luth doré, 1911· Italie

A bologne

A LA MÉMOIRE DE GIOSUE CARDUCCI

Pierre de Bouchaud· 64 vers

Pour le professeur Albano Sorbelli.

Sérénité de la lumière !Lune d’argentQui baigne la montagne altière.Toits émergeant.

Horizon que baigne et transperceL’aube, à l’éveil.Parfum des cyprès que traverseLe grand soleil.

Odeurs fortes de tubéreusesLourdes d’amourEt portant dans leurs conques creusesL’émoi du jour…

O suavité de l’espaceSur les palaisDont l’écusson parfois s’efface ;Murs incomplets,

Murs féodaux parlant encoreDes heurts passés,Et qui, tels qu’une antique amphore,Sont crevassés ;

Gai scintillement des verrières ;Temples divinsEt tout embaumés de prières ;Brumeux lointains ;

Fier profil de chaque colline ;Antiques tours,Rogues et droites, ou qu’inclineO Temps, ton cours…

Restez au fond de ma mémoire,Nobles et vieuxVestiges rappelant la gloireDe maints aïeux…

— Sur le parvis de Saint-PétroneVois ces oiseauxDont le vol enlace l’automneDe cent réseaux.

Ah ! quelle fraîcheur tiède et pureSur les maisons !Le vent des Alpes leur murmureSes oraisons.

Il court, il frémit, il besognePar les palais ;Il enroule autour de BologneSes doux filets ;

Il frappe, aux coins étroits des rues,Les chapiteaux ;Il fouille de ses mains menuesLe cœur des eaux ;

Il suspend sa guirlande ailéeA chaque murEt puis regagne, âme exilée,L’immense azur ;

Mais il éveille, à son passage,La majestéDes siècles morts et des grands Sages,Pleins de fierté ;

Et, dans sa fuite, sous le dômeDu ciel poli,Il évoque votre fantôme,Bentivogli ;

Et vos peintres d’un saint génie :Costa, Francia,Et les maîtres dont l’œuvre crie :Alléluia !

64 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources