Le Luth doré, 1911· Italie
A bologne
A LA MÉMOIRE DE GIOSUE CARDUCCI
Pour le professeur Albano Sorbelli.
Sérénité de la lumière !Lune d’argentQui baigne la montagne altière.Toits émergeant.
Horizon que baigne et transperceL’aube, à l’éveil.Parfum des cyprès que traverseLe grand soleil.
Odeurs fortes de tubéreusesLourdes d’amourEt portant dans leurs conques creusesL’émoi du jour…
O suavité de l’espaceSur les palaisDont l’écusson parfois s’efface ;Murs incomplets,
Murs féodaux parlant encoreDes heurts passés,Et qui, tels qu’une antique amphore,Sont crevassés ;
Gai scintillement des verrières ;Temples divinsEt tout embaumés de prières ;Brumeux lointains ;
Fier profil de chaque colline ;Antiques tours,Rogues et droites, ou qu’inclineO Temps, ton cours…
Restez au fond de ma mémoire,Nobles et vieuxVestiges rappelant la gloireDe maints aïeux…
— Sur le parvis de Saint-PétroneVois ces oiseauxDont le vol enlace l’automneDe cent réseaux.
Ah ! quelle fraîcheur tiède et pureSur les maisons !Le vent des Alpes leur murmureSes oraisons.
Il court, il frémit, il besognePar les palais ;Il enroule autour de BologneSes doux filets ;
Il frappe, aux coins étroits des rues,Les chapiteaux ;Il fouille de ses mains menuesLe cœur des eaux ;
Il suspend sa guirlande ailéeA chaque murEt puis regagne, âme exilée,L’immense azur ;
Mais il éveille, à son passage,La majestéDes siècles morts et des grands Sages,Pleins de fierté ;
Et, dans sa fuite, sous le dômeDu ciel poli,Il évoque votre fantôme,Bentivogli ;
Et vos peintres d’un saint génie :Costa, Francia,Et les maîtres dont l’œuvre crie :Alléluia !
64 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources