Le Luth doré, 1911· Italie
Dans les parcs fleuris de padoue
Pour Maria Star.
Beaux pigeons roucouleurs qui mêlez vos caressesAux baisers du zéphyr se jouant dans le thym,Que ne m’unissez-vous à vos simples ivresses,Que ne me laissez-vous vivre votre destin ?
Vous êtes tout pareils à des flocons de soieDont le vent ébouriffe en passant les reflets.Vous ne redoutez pas d’étaler votre joie,Et vous êtes légers comme des feux follets.
Que ne puis-je, dans l’herbe où vos doux corps se pressentComme vous m’imprégner de champêtres senteurs,Et goûter comme vous des moments qui ne cessentDe couler, telle une eau sur un tapis de fleurs.
Le ciel est parsemé de longs nuages rosesSemblables à des vols muets d’ibis sacrés.Mon cœur défaille et meurt sous les parfums. Les chosesRegardent vos ébats. Oiseaux, vous soupirez.
Mais vos traînants accents sont encor de la joie,Puisque l’instant est doux, que la vie est l’amour,Et que le soleil tend un manteau qui flamboieSur votre aile agitée et calme tour à tour.
Je ne veux plus avoir au fond de ma mémoire,Alors que vous serez dans l’espace envolés,Que les bruits de vos jeux dans l’herbe où votre moireBrille de la rosée éparse en pleurs perlés.
Car votre indifférence à ce qui n’est caresse,Air pur, zéphyr, rayons, baisers doux à donner,Dit que vous savez bien que l’âpre Temps nous presseEt qu’il faut se hâter, avant la mort, d’aimer.
Et c’est pourquoi, pigeons, vous êtes bien plus sagesQue l’homme torturant comme à plaisir son cœur,Et suivant, ici-bas, d’impossibles miragesAu lieu de ne vouloir qu’un calme et sûr bonheur.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources