Le Luth doré, 1911· Rêves et méditations
Au mérite méconnu
Non, ne redoutez pas de vivre solitaire :Votre esprit grave et pur ne s’ouvrira que mieux.Vous vous mêlerez plus aux douleurs de la terreEt vous serez plus près de la candeur des cieux.
Il éclora soudain de toutes vos tristessesDes lys dont le parfum sera, pour vos rancœurs,Un baume plus exquis que les vaines ivressesQue refusa la vie insensible aux grands cœurs.
Mais ne regrettez pas les élans de votre âmeQui fut trop confiante et crédule parfois,Puisqu’elle est le foyer d’une admirable flamme,Et qu’elle sait porter, sans se plaindre, sa croix.
Si la joie inutile, avec indifférence,Sourde à votre appel, passe en riant son chemin,Ne vous détournez pas de l’humaine souffrance,Ne vous lassez jamais d’accueillir le chagrin.
Et je plains cette pauvre et puérile fouleQui fixa trop souvent vos yeux remplis d’amour,Sans deviner que, seuls, alors que tout s’écoule,Ils dispensent le calme et la paix sans retour.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources