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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le Luth doré, 1911· Les jeux des saisons

Automne

Pierre de Bouchaud· 36 vers

Pour Gaston Calmette.

Automne, vous voici dans les blondes ramuresQui font une auréole ailée à votre front.Vous portez dans vos mains de lourdes pommes mûres,Et marchez sur la mousse où court le liseron.

Vous paraissez, vêtu d’une aimable lumière,Au bord de ces sentiers que jonchera le gel.Votre règne est fervent autant qu’une prièreEt le bois se recueille à votre grave appel.

Votre souffle a laissé des écharpes de brumeSur le fleuve bordant l’horizon violet.Le vallon doré comme un vase d’encens fume.Dans l’air flotte un parfum piquant de serpolet.

C’est le recueillement, le calme et le silence.Un soleil apaisé caresse prés et champs,Car vous atténuez, ô Dieu, les traits qu’il lance.Et tout n’est que douceur sur les coteaux penchants.

Sur votre face grave, attendrie et tranquille,Resplendit l’équilibre heureux de la raison.Sous les tièdes vapeurs que l’humus gras distille,Vous cheminez, ô roi de toutes les Saisons.

Vous couronnez l’effort des travaux de la terre.Vous dispensez les fruits que le printemps forma,Et qui, l’hiver, avaient germé dans le mystère,Et que l’été de ses tons ardents anima.

Çà et là, les essaims affairés des abeillesAspirent le pollen de vos dernières fleurs,Ou, suspendus aux nids embaumés de vos treilles,En puisent goulument les divines liqueurs…

Le vent léger se joue aux branches des vieux chênes.Et le ciel, coloré de jonquille et de sang,Mire sa fine soie au cristal des fontaines.Sur les monts nuageux déjà le soir descend.

La Nature féconde et bonne se repose,Car vous lui ménagez, Automne, dans vos brasUn asile propice à sa métamorphoseEt d’où vers l’avenir s’élanceront ses pas.

36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources