Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
II. Aveu
Connaîtrai-je jamais la divine allégresse,L’orgueil et la faveur, quand j’aime, d’être aimé ?Vous seule apaiseriez l’angoisse qui m’oppresseSi vous daigniez répondre à mon aveu charmé.
Je voudrais vous avoir au creux de mon épaulePour sentir votre cœur palpiter sous ma main,Que doucement votre âme à mon âme se frôle,Qu’un même désir tendre à jamais nous étreint.
Comprenez-moi. Mon être s’ouvre à votre haleineComme un crocus que le printemps a façonné,Et près de vous demeure, ainsi qu’une phalèneAu bord des lys ouverts, tremblant et fasciné.
Vous le savez. Je n’ai que vous, bien que mes lèvresN’aient jamais effleuré votre bouche au pli fier…— Mais si de son amour, ô Destin, tu me sèvres,Je tenterai du moins de la glorifier.
On saura, par ces vers émus, que son imageIllumina ma vie et fit tout mon bonheur,Et qu’elle fut ma fleur, mon culte et mon hommage,Et que ma lyre austère eut son culte en honneur.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources