Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
La source
O Source, où je trempai jadis ma lèvre aride,Que ne peux-tu verser encore à mes émoisLa fraîcheur de ton onde où le parfum des bois,Du trèfle et du jasmin flot à flot se dévide ?
Hélas ! je ne suis plus l’enfant rieur et gaiQui venait, couronné de sauge et de verveine,Mirer dans ton cristal sa face trop sereine,Et franchir, en chantant, ô Fontaine, ton gué.
C’est en vain, sur mon front, qu’en murmurant s’égoutteLe doux filet d’argent que pleure le rocher,Et que le chèvrefeuil, sur ta conque penché,Se couvre, au renouveau, de mille fleurs. Écoute !
Tu ne peux, à présent, plus combler mon ardeur.Ton eau n’a plus pour moi de suaves caresses,Depuis que j’ai pressé contre mon sein, les tressesD’une enfant qui m’a dit : « Je t’aime Prends mon cœur…
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources