Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
Demande
Maintenant qu’elle m’a séparé de sa vie,Son cœur lui redit-il mes phrases de jadis,Qu’elle écoutait avec une candeur ravie,Dans le jardin où mai fleurissait les iris ?
Maintenant qu’elle m’a séparé de son âme,Son amour survit-il quand même, et, dans ses nuits,Flambe-t-il, éclatant comme une grande flamme,Qui perce la ténèbre et n’a pas de répits ?
Peut-il, obéissant esclave, être infidèleA ce passé tout d’allégresse et de serments,A ces temps où les jours nous menaient sous leur aileVers l’avenir comme à des horizons charmants ?
Et lorsque, tout autour d’elle, la solitudeS’épand comme une mer que rien ne peut troubler,Ses pensers savent-ils garder leur quiétudeDevant des souvenirs qu’ils ne peuvent céler ?
Non, il ne suffit pas de vouloir être libre,De combattre son âme et marcher sur son cœur :L’âme ne cède point, le cœur quand même vibre,S’éplore et saigne sous un masque de froideur.
L’Amour qu’on croit chasser résiste alors. Il planteSes traits dans notre chair bientôt mise en lambeaux.Chacun pense expirer sous la douleur violente :Mais le Dieu fait de nous, las ses vivants tombeaux.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources