Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
Non, ne me dites rien
Non ne me dites rien, mon cœur n’est point guéri.Plus que jamais il souffre et ne veut pas se plaindre.Et, bien que délaissé, ne saura jamais feindreLe dédain qu’il n’a pas pour un être chéri.
Sans cesse je revois le délicat visage,Et les grands yeux rêveurs sous les cheveux châtains,Et la lèvre entr’ouverte, et les doigts longs et fins :J’ai tenté vainement d’en effacer l’image.
Elle est restée en moi, malgré moi, car je suisSon esclave soumis pour un temps que j’ignore.Et je souffre d’aimer sans espoir, et j’imploreTa pitié, cher Amour, que j’appelle et qui fuis.
12 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources