Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
Doux souvenir
Vous aurez beau me fuir, mettre entre nous l’espace,Garder à mon appel un silence obstiné,Et, comme un torrent brusque et furieux qui passe,De sa tige arracher le rêve à peine né ;
Vous aurez beau, voilant farouchement votre âmeMe sevrer à jamais de sa haute clarté,Me dérober vos traits, dissimuler la flammeDont l’Amour consumait jadis votre fierté ;
Vous aurez beau, sous les tissus de sombre soieAbriter votre corps souple et mystérieux,Qui fut ma fleur splendide et mon culte et ma joie ;Vous aurez beau baisser, dédaigneuse, les yeux :
Sans cesse en moi vivra le souvenir fidèleDu bel aveu qu’un jour vous m’avez murmuré…… Et tout ce que tu fais pour me détacher d’elleRend ta grâce plus chère à mon cœur déchiré.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources