Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
Doigts de fée
Vos doigts de fée, Amie, ont brodé sur la soieL’œillet incarnadin et la verveine ocreuse,Et l’arum au cœur d’or dont la conque se creuseSous l’aiguille,et l’iris, et le pampre qui ploie.
Vous avez parsemé de violettes blanchesLe store frissonnant comme une aile à la brise,Et sur la nappe où court une arabesque grise,A la jonquille uni l’iris et les pervenches.
Patiemment vos mains ont jonché la dentelleDe lézards, de grillons, de minces libellules,De papillons de feu, pris aux mailles des tullesEt que poursuit le vol pressé d’une hirondelle.
Puis, à l’écran d’azur qui défend de la flamme,Votre goût délicat adapte l’églantineGrimpant au caducée où l’abeille butine,Cependant qu’Apollon près de Daphné se pâme.
Et c’est pourquoi j’adore tant, ô Bien Aimée,Cette atmosphère d’art où se plaît votre adresse,Et je voudrais baiser et rebaiser sans cesseTous les travaux charmants dûs à vos doigts de fée.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources