Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
Prière a éros
Dieu d’amour, que l’Enfant que j’aime soit heureuse…Qu’elle soit la demeure où vous vous isolez.Que sous ses pas aucune ornière ne se creuse.Qu’elle évite la pierre et le roc effilés.
Que pour elle les ans, ainsi qu’une onde unie,Suivent leur cours heureux jusqu’au suprême soir.Qu’elle avance sans heurts aux chemins de la vie,Les ris à ses côtés, l’âme ouverte à l’espoir.
Que son cœur délicat ignore l’amertumeEt ses lèvres le pli douloureux du tourment.Qu’elle ne sache pas l’épreuve qui consume,Les vains efforts que suit le désenchantement
Que sa grâce, pareille aux grâces de la rose,Demeure intacte et fraîche autant qu’un ciel d’été.Que le chagrin jamais en elle ne reposeNi ne voile l’éclat de lys de sa beauté.
Que ses chers doigts jamais, dans l’ombre malfaisante,Ne rencontrent la ronce issant ses fourbes dards.Que son pied aille en paix sur la mousseuse senteDu bonheur. Que la joie éclate en ses regards.
Qu’à sa grande bonté, sa douceur de charmeuseRépondent l’harmonie et la bonne douceur…Dieu d’amour, que l’Enfant que j’aime soit heureuseEt fleurisse sans cesse au jardin de mon cœur.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources